LE JOUR DE LA CIRCONCISION
hiMSION. L'éclat et l'esprit du ministère de Jésus-Christ prouvent également la gloire de SU civinité. Si Jesus-Chrisl n étoit qu'un pur homme : I, L'éclat de son ministère seroit pour t.ous une occasion inévitable d'idolâtrie, et Dieu même seroit coupable de l'erreur de ceux qui l adorent. If. L'esprit de son ministère deviendrait le piège funeste de notre innocence
I,# Partie. Le premier caractère éclatant du ministère de Jésus-Christ, c'est d'avoir été prédit et promis aux hommes depuis la naissance du monde. A peine Adam estil tombé, qu'on lui montre de loin le Réparateur. Dans les siècles suivants , Dieu ne parott, ce semble, occupé qu'à préparer les hommes à son arrivée. Les circonstances dans lesquelles Jésus-Christ a été prédit sont encore plus merveilleuses que les prédictions mêmes. En effet, il est prédit par tout un peuple, annoncé pendant quatre mille ans par une longue suite de prophètes, figuré par toutes les cérémonies de la loi, attendu par tous les Justes, montré de loin dans tous les âges ; ce n'est pas pour un événement particulier, c'est pour être la ressource du monde condamné , le législateur des peuples, la lumière des nations, le salut d Israël. Quel piège pour la religion de tous les siècles, si des préparatifs si magnifiques n'annoncent qu'une simple créature, et dans des temps surtout où la crédulité des peuples mettoit si facilement au îang des dieux les hommes extraordinaires!
D'ailleurs, au lieu que Jean-Baptiste, pour empêcher que le seul oracle qui l'avoit prédit ne devînt une occasion d'idolâtrie à sa nation , ne fait point de miracles, ne vesse de dire : Je ne suis pas celui que vous attendez ; et n'est attentif, ce semble , qu'à prévenir des honneurs superstitieux : Jésus Christ , au contraire , que quatre mille ans de figures et de prophéties avoient annoncé avec tant de magnificence à la terre, vient en grande vertu et puissance, il fait des œuvres et des merveilles que personne avant lui n'avoit faites-, et, loin de prévenir la superstition des peuples à son égard , il se dit égal à Dieu, et souffre qu'on lui rende des honneurs divins. Si c'étoit là un culte idolâtre , les hommes en seroient-ils responsables ?
De plus, tous les Justes de la loi et de l'âge des patriarches, tous ces hommes si vénérables et si miraculeux, n'étoient pourtant que les ébauches du Messie à venir.chacun d'eux ne représentoit que quelque trait singulier de sa vie et de son ministère -, mais ôtez à Jésus-Christ sa divinité et son éternelle origine , la vérité n'a plus rien a j dessus de la figure, au moins au jugement des sens.
2* A l'éclat des prophéties qui ont annoncé Jésus-Christ , il faut ajouter celui de ses œuvres et de ses prodiges : second caractère éclatant de son ministère. Parut-il jamais un homme plus merveilleux, plus divin dans ses œuvres et dans ses prodiges ?
Je dis dans ses œuvres et dans ses prodiges. Je sais que dans les siècles qui l'avoient précédé, il avoit paru sur la terre des hommes extraordinaires que le Sei gneur sembloit rendre dépositaires de sa vertu et de sa toute-puissance : mais quand on y regarde de prés, dans leur puissance môme, tous ces hommes miraculeux portoient toujours des caractères de dépendance et de foiblesse ; Jésus Christ , au contraire , opère les plus grands prodiges avec une facilité toute-puissante, et une souveraine indépendance
3°. Enfin le dernier caractère éclatant de son ministère, ce sont les circonstances merveilleuses et jusque-là inouies qui composent tout le cours de sa vie mortelle. Conçu par l'opération du Très-Haut , il naît d'une Vierge pure. A peine est-il né, que des légions célestes font retentir dans les airs des cantiques d'allégresse, et nous apprennent que cette naissance rend à Dieu sa gloire et la paix aux hommes. Peu après un astre nouveau conduit à son berceau des sages du fond de l'Orient. Un Juste et une sainte femme annoncent sa grandeur future. Les docteurs assemblés voient avec étonnement son enfance plus sage et plus éclairée que la sagesse des vieillards. A mesure qu'il avance, sa gloire se développe; Jean- Baptiste s'abaisse devant lui; le ciel s'ouvre sur sa tête; les démons effrayés ne peuvent soutenir sa présence; le Père céleste déclare qu'il est son Fils bien-aimé, et le propose comme la loi vivante et éternelle en commandant de l'écouter. Si du Thabor nous passons sur le Calvaire, ce lieu où dévoient se consommer tous les opprobres du Fils de l'homme ne laisse pas d'être encore le théâtre de sa gloire ; toute la nature en désordre l'y reconnoît comme son Auteur et confesse sa divinité. Il ressuscite trois jours après , non par une vertu étrangère , ni pour mourir de nouveau comme tant d'autres , mais par sa propre puissance, et pour jouir désormais d'une vie immortelle. Enfin il monte au ciel. Ce n'est pas un char de feu qui le transporte en un clin d'œil , il s'élève lui-même avec majesté; les anges viennent au-devant de lui , et le promettent encore une fois à la terre environné de gloire et d'immortalité. Qui ne reconnoîtroit à ces traits le Dieu du ciel, qui, après avoir conversé avec les hommes pour les tirer de leur égarement et de leur misère » va reprendre possession de sa gloire? Voilà comme l'éclat du ministère de Jésus-Christ seroit pour nous une occasion inévitable d'idolâtrie , s'il n'étoit qu'une simple créature.
IIe PARTIE. L'esprit de son ministère deviendrait aussi le piège de notre innocence. Or l'esprit de son ministère renferme sa doctrine, ses bienfaits et ses promesses.
lp Sa doctrine. On ne peut nier que Jésus-Christ n'ait été un homme saint : car quel homme jusque-là avoit jamais paru sur la terre, dans lequel on ait remarqué tant de caractères d'innocence et de sainteté? je veux dire tant de mépris et d'indifférence pour le monde, tant d'amour pour la vertu, tant de zèle pour la gloire de Dieu , tant d'ardeur pour le salut des hommes ; ajoutez à cela l'exemption totale de toutes les faiblesses les plus inséparables de l'humanité. Or si Jésus-Christ est saint, il est Dieu ; soit que vous considériez la doctrine qu'il nous a enseignée, ou par rapport à son Père, ou par rapport aux hommes: car s'il n'étoit pas Dieu, elle ne, seroit qu'un amas, ou d'équivoques malignes, ou de blasphèmes enveloppés.
Considérez sa doctrine par rapport à son Père : si Jésus-Christ n'est qu'un simple envoyé de Dieu , il ne vient donc que pour manifester aux nations idolâtres l'uniié de l'essence divine. Mais , premièrement , il est envoyé principalement aux Juifs : ainsi sa mission étoit inutile ; car les Juifs n'étoient plus tentés de retomber dans l'idolâtrie. Secondement, il s'y prend mal pour remplir son ministère. Au lieu que Moïse et les prophètes , chargés de la môme mission , ne cessent <!e publier que le Seigneur est un , sans jamais faire aucune comparaison d'eux à 1 Être suprême ; Jésus-Christ ne cesse de se dire égal à son Père : il dit qu'il est descendu du ciel et sorti du sein de Dieu ; qu'il étoit avant toutes choses ; que le Père et lui ne sont qu'un ; partout il se compare au Dieu souverain. Les Juifs murmurent et se scandalisent do ces expressions. Loin de les détromper netlement , il les confirme dans le scandale, affectant on langage qui devient ou insensé ou impie , si son égalité avec son Père
ne I'éclaircit et ne le justïûe ; il souffre môme qu'on lui rende les honneurs divins. Il n'est donc venu sur la terre , s'il est un pur homme , que pour scandaliser les Juifs, en leur donnant lieu de croire qu'il se compare au Très-Haut; séduire les nations, en se faisant adorer après sa mort ; et répandre de nouvelles ténèbres dans l'univers. Tous ces grands avantages que le monde devoit retirer du ministère de Jésus-Christ, aboutissent donc à le voir plongé dans une nouvelle idolâtrie; et toute la magnificence future de l'Évangile , tant prédite par les prophètes , devoit donc se borner à former la secte affreuse de 1 impie Socin ,. Mais puisque Jésus-Christ est saint, concluons que ne pouvant être un blasphémateur et un impie, la manière dont il parle de son Père , cette égalité qu'il affecte en toute occasion avec son Père, établit la gloire de son éternelle origine. On peut encore remarquer ici, que lorsque les prophètes parlent du Dieu du ciel et de la terre, pleins de l'immensité de la toutepuissance et de la majesté de 1 Être suprême, ils épuisent la foiblesse du langage humain, pour répondre à la sublimité de ces images : mais lorsque Jésus-Christ parle de la gloire du Seigneur, ce ne sont plus des expressions pompeuses des prophètes ; on voit que c'est un enfant qui parle un langage domestique , et qui n'est point frappé et ébloui , comme nous, de la majesté et de la gloire du Père.
Considérons, maintenant, la doctrine de Jésus-Christ par rapport aux hommes-, elle n'établit pas moins la vérité de sa naissance divine. Premièrement, quelle sagesse, quelle sainteté, quelle sublimité dans cette doctrine! tout y est digne de la raison et de la plus saine philosophie : tout y est proportionné à la misère et à l'excellence de l'homme. Secondement , remarquez les devoirs d'amour et de dépendance que sa doctrine exige des hommes envers lui-môme. 11 nous ordonne de l'aimer, de chercher en lui notre bonheur, de lui rapporter et nous-mêmes et toutes nos actions , comme il nous ordonne toutes ces mômes choses envers son Père : donc s'il n'est pas Dieu, sa doctrine si divine, si admirée des païens , n'est plus qu'un mélange monstrueux d'impiété, d'orgueil et de folie; puisque n'étant qu'un pur homme , il veut usurper la place de Dieu môme dans nos cœurs. Bien plus , au lieu que le Dieu véritable avoit paru se contenter des sacrifices de boucs et de taureaux ; pour lui il veut que nous lui sacrifiions jusqu'à notre vie, que nous courions sur les gibets , que nous nous offiions à la mort et an martyre pour la gloire de son nom. IMais s'il n'est pas l'auteur de notre vie , quel droit a-t-il de l'exiger de nous ? sa religion n'est donc qu'une religion de sang et de barbarie? les confesseurs généreux de la foi n'ont donc été que dea désespérés et des fanatiques ? et les tyrans et les persécuteurs , les défenseurs de la justice et de la gloire de la divinité ? L'oreille de l'homme peut-elle entendre ces blasphèmes sans horreur?
2° Considérez l'esprit du ministère de Jésus -Christ dans les grâces et les bienfaits que l'univers a reçus de lui : il déclare qu'il est venu délivrer tous les hommes de la mort éternelle ; d'ennemis de Dieu qu'ils étoient, les rendre ses enfants ; leur ouvrir le ciel, et leur en assurer la possession. Il leur a apporté la science du salut et la doctrine de la vérité. 11 nous nourrit de son corps , il nous lave de nos souillures en nous appliquant le prix de son sang : en un mot, il nous assure qu'il est notre voie , notre vérité, notre vie, notre justice, notre rédemption, notre lumière. Mais un pur homme peut-il être la source de tant du grâces aux autres hommes? ou rf est-il pas à crain ire que devenu si utile et si nécessaire au { numain , il n'en devienne enfin l'idole ? Car c'est la reconnoissanec toute seule qui autrefois a fait les faux dieux : tel est le caractère de Ihommc ; son culte n'est que son amour et sa reconnoissance.
3° Outre les bienfaits dont Jésus-Christ nous a comblés , considérez les promesses dont il les accompagne ; il promet encore plus qu'il n'a donné. Premièrement , il promet aux hommes l'esprit consolateur, qu'il appelle l'esprit de son Père, esprit de vérité, de force , d'intelligence, de sagesse, de charité, etc. Mais quel droit a Jésus-Christ sur l'esprit de Dieu , pour en disposer à son gré, si ce n'est pas son
1 Secte qui ne renferme qu'un petit nombre d'hommes odieux au ciel et à la terre ; la honte de la nature et de la religion : obligés de cacher dans les ténèbres l'horreur de leurs blasphèm?*.
esprit propre ? Cependant les promesses de Jésus-Christ se sont accomplies ; à peine est-il monté au ciel , que l'esprit de Dieu se répand sur tous ses disciples. Secondement , Jésus-Christ promet à ses disciples les clefs du ciel et de l'enfer, et le pouvoir de remettre les péchés. Troisièmement , il leur promet , outre cela , le don des miracles : s'il n'est pas Dieu, la folie et la témérité ont -elles jamais rien imaginé de semblable ? Quatrièmement , il leur promet la conversion de l'univers , le triomphe de la croix , la docilité^ de tous les peuples de la terre , des philosophes, des césars , des tyrans; que son Évangile sera reçu du monde entier. Mais à moins qu'il ne tienne le cœur de tous les hommes entre ses mains, peut-il répondre d'un changement dont jusque-là le monde n'avoit point eu d'exemple ? On dira peut-être que Dieu révèloit à son serviteur les choses futures : mais si Jésus-Christ n'est pas Dieu, il n'est pas même prophète ; puisqu'il ne prévoit pas que les hommes vont retomber en l'adorant, dans des ténèbres mille fois plus criminelles que celles dont il prétend les délivrer ; et qu'au lieu de former au Père des adorateurs en esprit et en Yérité, il n'aura formé qu'un nouveau peuple d'idolâtres de toute nation.
Voiià donc où mène l'incrédulité. Renversez le fondement , qui est le Seigneur Jésus, fils éternel du Dieu vivant; retranchez de la doctrine des chrétiens, Jésus- Christ Homme-Dieu ; vous en retranchez tout le mérité de la foi , toute la consolation de l'espérance, tous les motifs de la charité : toute la religion chrétienne n'est que fausseté et qu'imposture. Aussi quel zèle les premiers disciples de l'Évangile ne firent-ils pas paroître contre ces hommes impies , qui dés lors osèrent attaquer la gloire de la divinité de leur maître ? Les païens reprochoient alors aux chrétiens de tendre des honneurs divins à Jésus-Christ : s'en justifient-ils comme d'une calomnie ? répondent-ils qu'ils n'adorent pas Jésus-Christ ? point du tout. Les apologistes de la religion réfutent toutes les autres calomnies dont on veut la noircir : mais sur laccusation d'adorer Jésus-Christ , bien loin de s'en défendre , ils l'autorisent par ^Eur langage et par leurs actions. Si c'est donc une erreur de croire Jésus-Christ égal
Dieu , c'est une erreur qui est née avec l'Église , qui en a élevé tout l'édifice, qui
formé tant de martyrs , et converti tout l'univers.