‹ Œuvres de MassillonChapitre 81 sur 88 · POUR LE JOUR DE L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE L'EPIPHANIE

DIVISION. La vérité figurée par l'étoile, trouve dans les mages des adorateurs : dans les prêtres des dissimulateurs : dans Hérode un persécuteur. Telle est encore parmi nous sa destinée ; peu la reçoivent, beaucoup la cachent et la déguisent, encore plus la méprisent et la persécutent. Ainsi, ï. La vérité reçue. II. La vérité dissimulée. III. La vérité persécutée.

Ire Partie. La vérité reçue. Il est peu d'ames, quelque plongées qu'elles soient dans les sens et dans les passions , dont les yeux ne s'ouvrent quelquefois sur la vanité des biens qu'elles poursuivent , sur la grandeur des espérances qu'elles sacrifient , et sur 1 indignité de la vie qu'elles mènent : mais, hélas ! leurs yeux ne s'ouvrent à la lumière que pour se refermer à l'instant ; et tout le fruit qu'elles retirent 4e la vérité , c'est le crime de l'avoir injitilemer. t connue.

Les uns se bornent à raisonner sur la lumière qui les frappe, et font de la vérité Un sujet de contention et de vaine philosophie. Les autres , mal d'accord avec euxmêmes , souhaitent , ce semble , de la connoître , mais ne la cherchent pas comme il faut, pareequau fond ils seroient fâchés de l'avoir trouvée. Enfin quelques uns plus dociles se laissent ébranler par son évidence ; mais rassurés par l'opinion publique , ou rebutés par les difficultés et les violences que la vérité leur offre , ils s'en éloignent et l'abandonnent , après s'être réjouis quelque temps à sa lumière.

Ce n'est pas là l'usage qu'en firent les mages. Quoique accoutumés à tout rappeler au jugement de la raison, ils suivent la lumière céleste , sans s'arrêter aux vaines réflexions de l'esprit humain , sans égard à leurs amis et à leurs proches , malgré les discours et les dérisions publiques, et leur cœur désabusé de tout ne trouve plus que la vérité qui les réjouisse , qui les intéresse et qui les console. Voilà la vérité reçue dans les mages avec soumission, avec sincérité, avec joie; voyons dans la conduite des prêtres la vérité dissimulée.

Il* PARTIE. Trois sortes de dissimulations dans les prêtre* de la synagogue : une

dissimulation de silence , une dissimulation de complaisance et d'adoucissement , une dissimulation de feinte et de mensonge.

Dissimulation de silence. Consultés par Hérode sur le lieu où le Christ devoft naître, ils répondent à la vérité que c'est à Bethléem ; mais ils n'ajoutent pas que l'étoile prédite ayant enfin paru, et les rois de Saba et de l'Arabie venant avec des présents adorer le nouveau chef qui devoit conduire Israël, il ne falloit plus douter de sa naissance. Ils n'assemblent point les peuples pour leur annoncer cette heureuse nouvelle , ils ne vont pas à Bethléem pour animer Jérusalem par leur exemple : renfermés dans leur criminelle timidité , ils gardent un profond silence et retiennent la vérité dans l'injustice.

Sans toucher ici aux oints du Seigneur , il est peu de personnes dans le monde qui ne se rendent tous les jours coupables de cette dissimulation de silence : car pour en être coupables , il n'est pas nécessaire de souscrire à l'impiété et d'approuver les maximes du siècle, il suffit de se taire quand on attaque la Yérité devant noua à découvert.

Dissimulation de complaisance et d'adoucissement. Les prêtres et les docteurs , forcés par l'évidence des Écritures de rendre gloire à la vérité , l'adoucissent par des expressions ménagées. Pour complaire à Hérode , ils suppriment le titre de roi que les mages venoient de donner, et que les prophètes avoient si souvent donné au Messie : ils le désignent par une qualité qui pouvoit marquer également en lui une autorité de doctrine et de puissance ; quoiqu'ils attendissent eux-mêmes un Messie, roi et conquérant. La conduite de ces prêtres nous paroît indigne ; mais si nous voulons nous juger nous-mêmes , nous verrons que nos discours et nos démarches ne sont souvent que des adoucissements de la vérité , et des tempéraments pour la réconcilier avec les préjugés ou les passions de ceux avec qui nous avons à vivre.

Dernière dissimulation des prêtres juifs, dissimulation de mensonge. Ils ne se contentent pas d'alléguer les prophéties en termes obscurs et adoucis ; ne voyant pas revenir les mages , ils les accusent , pour calmer Hérode , d'une crédulité vaine et superstitieuse. Et voilà où nous en venons enfin ; à force de ménager les passions des hommes et de vouloir leur plaire aux dépens de la vérité , nous l'abandonnons enfin ouvertement.

IIIe Partie, yérité persécutée par Hérode. Cet impie persécute la vérité : premièrement , par l'éloignement public qu'il fait paroître poUr elle, et qui entraîne tout Jérusalem par son exemple, et c'est ce que j'appelle une persécution de scandale : secondement , il la persécute en tâchant de corrompre les prêtres , et en dressant même des embûches à la piété des mages ; et c'est ce que j'appelle une persécution de séduction : enfin il la persécute en répandant le sang innocent , et c'est une persécution de force et de violence.

Or ces trois genres de persécutions s'exercent aujourd'hui dans le christianisme : car, 1°, qui peut se flatter de n'être pas du nombre des persécuteurs de la vérité par les scandales? Je ne parle pas même de ces hommes pervers qui ont levé l'étendard du crime et de la licence , je parle de ces âmes livrées aux plaisirs et aux vanités du siècle , et dont la conduite, d'ailleurs régulière, s'attire l'estime et les louanges des hommes ; et je dis qu'elles persécutent la vérité par leurs seuls exemples, qu'elles anéantissent autant qu'il est en elles dans tous les cœurs les maximes de l'Évangile, et qu'elles font plus de déserteurs de la vérité, que n'en firent autrefois les tyrans.

2° Nous persécutons tous les jours la vérité par voie de séduction, en taxant d'excès la ferveur des Justes, en leur faisant des peintures vives et agréables des plaisirs qu'ils fuient, en exagérant les difficultés de la persévérance, peut-être même en attaquant le fondement inébranlable de leur foi ; en gênant par notre autorité le zèle et la piété des personnes qui dépendent de nous ; enfin en faisant servir nos talents à la destruction du règne de Jésus-Christ.

. 3° Le monde est plein de persécuteurs publics de la vérité ; et si l'Église n'est plus affligée par la barbarie des tyrans et par l'effusion du sang de ses enfants, elle est encore tous les jours persécutée par les dérisions publiques que les mondains font de la

vertu, et par la perte des âmes fidèles qu'elle voit avec douleur succomber si souvent à la crainte de leurs dérisions et de leurs censures..

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