PREMIER SERMON- SUR LA TIEDEUR
ia tiédeur rend notre justice incertaine. T. Parcequ'elle éteint en nous le désir de la perfection. *'• Parcequ elle nous met hors d'état de discerner les crimes d'avec les simples offenses. III. Parcequ'elle ne laisse plus dans l'ame aucun caractère de la charité habituelle.
Ire Vérité. Tout chrétien est obligé de tendre à la perfection de son état. Jésus- Christ l'ordonne : Soyez parfaits, nous dit-il, pareeque le Père céleste que vous servei est parfait. Saint-Paul regarde ce point comme le seul essentiel : oubliant tout ce qui est derrière lui, sans cesse il avance vers ce qui lui reste de chemin à faire : c'est en cela que consiste la vie de la foi ; elle n'est qu'un désir non interrompu que le régne de Dieu s'accomplisse dans notre cœur, qu'un saint empressement de former en nous la ressemblance parfaite de Jésus-Christ, qu'un gémissement excité par le sentiment de nos misères et de notre corruption, qu'un combat journalier de l'esprit contre la chair. Or ce désir de la perfection ne subsiste plus dans uneame qui se borne à l'essentiel de la loi, qui se fait un plan de sa négligence, qui regarde comme des œuvres de surcroît celles qu'elle pourroit faire de plus.
En vain regardez-vous la perfection chrétienne comme le partage des cloîtres et des solitudes. Les moyens qu'emploient les âmes retirées du monde pour y parvenir, ne sont que de conseil , je l'avoue ; mais la fin à laquelle elles tendent est de précepte, c'est la fin générale de tous les états.
IIe Vérité. Tous les péchés ne sont pas mortels ; mais il y a mille transgressions douteuses par rapport aux circonstances, et sur lesquelles il est difficile de faire l'application des régies établies, pour discerner le crime d'avec la simple offense. C'est par la disposition du cœur toute seule , qu'on peut décider de la malice de ces sortes de fautes. Saiil épargne le roi des Amalécites , et il est réprouvé de Dieu ; Josué épargne les Gabaonites, et Dieu lui pardonne : c'est que 1 infidélité de l'un vient d'un fonds d'orgueil , d'un cœur relâché dans les voies de Dieu ; et que celle de l'autre est une précipitation , une surprise , et part d'un cœur encore soumis et religieux. Or connoissez-vous toute la corruption du vôtre? Paul ne se flatte pas de connoîlre le sien ; il ne sait s'il est digne d'amour ou de haine : David est dans la môme incertitude; il prie Dieu de le purifier de ses infidélités cachées : et vous croyez connoître l'état de votre conscience , vous dont presque toutes les actions sont douteuses, vous qui êtes toujours à vous demander à vous-même si vous n'avez pas été trop loin ; et vous vous calmez sur des infidélités visibles et habituelles par une prétendue habitude invisible de justice , dont vous ne voyez aucune marque au dehors. Ah! vous ne savez pas que vous êtes pauvre, misérable, aveugle : Weaù quia tu
es miser, etc.
Une ame tiède est moins capable que toute autre déjuger de son état : la tiédeur épaissit ses ténèbres , elle calme ses remords ; les guides les plus expérimentés sont dans 1 embarras, elle y est toujours elle-mômc, et sent en soi quelque chose de plus coupable que les infidélités dont elle s'accuse. Il suffit d'en faire le détail pour montrer combien il est en effet difficile de décider si elles ne sont pas de vrais crimes.
III' Vérité. La charité habituelle a trois caractères incompatibles avec l'état d«
ANALYSES DES SERMONS. 83t
tiédeur. 1° La charité nous fait aimer Dieu et sa loi par-dessus toutes choses. Ce caractère peut-il subsister avec l'attention à étudier ses droits contre Dieu même , à ne faire que ce à quoi on se croit extrêmement obligé , à n'éviter que ce qui est visiblement digne des peines éternelles? Agir ainsi, c'est se conduire en enfant prodigue ; c'est se comporter en esclave, c'est n'aimer véritablement que sa propre satisfaction, que ses intérêts, que soi-même.
2" Un autre caractère de la charité est d'être timorée : elle rend l'ame plus clairvoyante, elle l'entretient dans un saint tremblement, dans de pieuses perplexités , dans une défiance continuelle; au contraire, la prétendue charité des âmes tiédes est ce qui les rassure : peut-elle être si opposée à elle-même, et produire des effets si différents ?
3° Enfin la charité est vive et agissante. C'est un feu qui peut quelquefois être couvert ; mais il en sort toujours des étincelles , et enfin il se rallume. Rien ne ranimant celle des âmes tiédes , qu'il est à craindre qu'elle ne soit réellement éteinte 1 Cependant elles demeurent tranquilles dans cet état ; elles s'y fixent sans scrupule ; elle se croient tout au plus endormies : peut-être par un jugement terrible de Dieu, leur guide pense-t-il de même, tandis que Jésus-Christ les déclare morts, comme autrefois Lazare. Ah ! c'est la tranquillité même de cet état qui en fait tout le danger, et peut-être aussi tout le crime. Comprenez qu'une vie toute naturelle n'est point la vie de la grâce, et qu'une vie de paresse est un état de mort. Au commencement de votre conversion vous avez fait les plus grands efforts , les plus pénibles sacrifices ; pourquoi les rendriez-vous inutiles, en refusant d'en faire de moins considérables? Si rem grandem dixisset tibi propheta , certè facere débiteras; quanta magis quia nunc dixit tibi : Lavare et mundaberis !