‹ Œuvres de MirabeauChapitre 37 sur 79 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

A Dresde, 1 6 septembre 1786.

Je ne vous dirai encore rien de particulier snrcepays^ comme vous pouvez crc^re; car que découvre* t<* on en courant ? D'ailleurs je retrouve l'inconvénient de n'être point accrédité, et par conséquent de ne p^voîr avec décence parler affaires qu'en termes trèe^géfté* raux et très-amphigouriques.

Le ministre des aâkâres étrangères, StnteiiieiDi^ i^ez qui j'ai dîné, est^ dit-on^ un puits de secret^ et ses BousH]»rdres sont par conséquent très^réservés. Au reste les ministres vcqat ici au rapport plutôt qu'ils ne travaillent. Aller au rapport est le mot consacré. Mais j'ai si bien vu sous Frédéric H que le roi qui gouvernait le plus par lui-même était encore assez peu le mfsntre^ et infiniment trompé, que je sais à quoi m'en lentr sur ces dictons de cour.

J'ai vu M. d'Alvensleben 5 s'il va en France, je ne croîs pas qu'il y vive long-temps ; c'est un homme usé, qui ne se soutient que par sou extrême sobriété et sa

DE LA COUR DE BERLIN. 3ll

séquestration presque absolue de la société. Il a une assez grande connaissance de TAllemagne; il passe pour un homme sage et mesuré, réussit où il se taiôntre, et donne bonne opinion de son caractère moral. Cependant il n'est pas Sans ruse, et peut-être voudraitil être fin. Au reste, il n'est pas précisément tourné pour la France; mais c'est le fruit du terroir, et sous tout autre rapport il est en première ligne. Il me semble qu'il doit vous agréer.

Je lâcherai de me mettre au courant du pays, mais encore une fois, aussi long-temps que je n'aurai point de caractère, et qu'on me tiendra si mal instruit de chez vous, je serai beaucoup plus propre à ramasser des notions littéraires et écrites qu'à aucune autre chose; or le monde ne s'écrit pas. Et par exemple, vous ne trouverez dans aucun livre qu'un ministre principal ait confié son fils aîné voyageant à un fat subalterne nommé Geoffroy, et à un chevalier du Vivier, qui ne profère pas un mot sans dire une absurdité : encore s'il n'eil disait pas de dangereuses! tnais pourquoi répandre qu'il a attendu à Hambourg cinq semaines pour avoilr une permission de mener le vicornte de Vergenncs à Berlin, vu l'avènement du nouveau roi, et qu^on la Itlî a refusée? A-l-il peur qu'à Berlin on soit insensible à l'affectation d'avoir évité cette cour ? Je ne finirais pas si je vous citais ses balourdises, dont la moindre est du dernier ridicule.. . . En vérité, si je dois commencer par être bas-officier en diplomatie, je vaudrais autant à Hambourg, où, indépendamment des grands rapporté du commerce du Nord, que nous ne connaissons point, et surtout auquel nous ne participons point assôï, on devrait, puisqu'on veut y avoir un ministre, placer une bonne vedette, au lieu d'un homme à qui Toii ne

3ia HISTOIRE SECnÈTB

peut rien désirer de plus favorable que d'être sourd et muet.

Le-^ vastes relations des grands entrepôts de commerce sont telles^ que ces postes ne sont jamais indif- £érens. Que ne donne-t-on à M. du Vivier une place d'argent sans affaires?

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