‹ Œuvres de MirabeauChapitre 38 sur 79 · LETTRE XXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXVI

Dresde, 19 septembre 1786.

Il y a peu d'hommes ici^ et cependant la machine est passablement montée; on ne saurait mieux prouver qu'il Caut plutôt de Tordre et de la suite pour bien gouverner que de grands talens.

On doit regarder comme un bruit populaire Fextreme crédit de M. Marcolini ; c'est un favori sans ascendant (comme sans mérite), du moins dans le cabinet ; son influence ne passe pas la cour. Il est en ItaUe en ce moment, et tout suit Tordre accoutumé. Ptc^mh blement quelques grâces, dont il dispose et que Tex* Heme dévotion de Télecteur dirige [dutôt vers les caiholiqnes que vers les luthériens, sont la vraie cause de ces murmures, assez accrédités cependant pour que Fempereur ait ùii une lourde école. U a envojé ici le plus imbécile des ministres, un certain Irlandais OkcUjr, parce que Marcolini a épousé sa nièce. Il crojait ainâ tout dominer ; le piège était si grossier qu'on n'a pas même eu besoin de Tévcnter.

Les vrais ministres influeos sont MSL de Stntcrlieim et de GudschmidL Le premier est presque caduc, dTail» leurs sage^ mesuré^ sachant ignorer ce qull ignore^

DE LÀ COUR DE BERLIN. 3l3

s'éclaircîr, consulter, s'informer ; noiais, encore unefois^ c'est un homme près de sa fin. Le second ne se montre point. On assure qu'il est homme du plus grand mérite; qu'il a des connaissances infinies; qu'il ne lui échappe pas une brochure en quelque lang;ue de l'Europe que ce soit; qu'il a la judiciaire nette, l'esprit vif et présent, l'humeur communicative, très-compatible avec la discrétion, d'autant plus sûre chez lui qu'il en a la piété et non la superstition : il est le premier dans la confiance de l'électeur. C'est au reste un honune de soixante ans, très-maladif.

Il faut compter encore parmi les ministres un M. de Worms, homme très -instruit, qui a quelques principes d'économie politique, des connaissances peu communes sur les rapports généraux du commerce, de l'activité, du travail, et de l'esprit à bonne dose, mais rarement juste, dit-on. Son caractère moral est entaché : on l'accuse de n'être pas pur du côté de l'argent. Il n'en est pas moins vrai qu'il sert bien dans l'intérieur. Il m'a paru fin et communicatif, persiflleur et rusé, malin et narquois, mais propre aux afiîaires de quelque pays que ce puisse être.

De tous les ministres étrangers, celui de Suède, M. de Saftzing, m'a semblé le seul au-dessus du médiocre, ou plutôt qui ne soit pas au-dessous. J'excepte le chargé d'affaires d'Angleterre, qui passe pour un homme habile, et que je n'ai pas eu une occasion naturelle de sonder. Il est ouvert et accort jusqu'à l'affectation, vu son caractère d'Anglais. Le reste, si ce n'est Alvensleben, ne vaut pas l'honneur d'être nommé.

L'électeur est un homme à part dans le commun des princes. Il parait pourtant avoir quelque chose du roi d'Angleterre, sou esprit de .çom-

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plet^ participant un peu de l'opiniâtreté. J'ai peu causé ayeo lui^ vu le pêle-mêle du diner, qui est d'étiquette à la table des électeurs^ et eli conséquence duqud j'ai mis de l'attention et du soin à faire que M. de Ver* gennes se trouvât près de lui. Il parle netldttlcttil él avec précision, mais d'un feusset aig^re et cassant. Son costume et sa physionomie semblent indiquer une jalonne dévote et pateline^ mais active et implacable. La très'^mauvaise éducation dé l'électriccf, ses toné bruyans, son laisser allcT occupent beaucoup ce prince et a son désavantage ; car, outre que ce genre de Ti'^ gilance est toujours empreint d'une nuance de ridicule, sa figure rêche, enlaidie encore par un tic nefval dans les yeux, devient alors hideuse et inquiétante.

Tel et si peu gracieux que le voilà , c'est un prince digne , â beaucoup d'égards , d'estime et de respect. Depuis 1 763 , sa volonté de bien faire, sa prodigîciûaé économie ^ son infatigable travail, ses privations sans nombre, sa persévérance, son assiduité ne se sont pfts démentis un instant. Il a payé toutes les dettes des élec-^ teurs ; il avance la liquidation de celles de l'Etat ; il suit ses plans avec une inflexible exactitude. Lent , ïbxùè non pas irrésolu ; difficile au travail, mais intelligent ; peu fécond en premiers aperçus, mais doué d'aptitude à la méditation, il n'a de faiblesses que la dévotion ; encore ne Ini fait-elle point outre-passer ses droits, ni négliger ses devoirs. Un pas au-delà, il serait bigot; en-deçà il ne serait pas dévot. Il est fort douteux que son confesseur Hertz ait le moindre crédit, si oe n'est pour distribuer quelques places de valets. L'électeur soutient ses serviteurs avec Une rare fermeté envers et contre tods 5 en un mot, ce pays était perdu sans lui > et^ s'il a le bonbettr de voir durer la paix^ il le rendra

DE u& iqIMr: m^mULis. !Slè

irès^orisstmt : la pcfpttktidtf Mi;»MII# dl '«ttfr'd'flHK L'excédant annnel dttDafaMaHMs- §^\m ttdtts laXéê vingt mille dani ane popidaftcril'tlè ttt^ es ébsk H/A^ UoQs. te commerce^ tfai ponMit êfrtiniiétU^'ti'afE^cfiàl mal : le militaire singe cdbi d« fînMe, «tfl'aWt' Ml Tavantage d'être purement national, nudA,-àdIf%'tlti> du canton le iAotn*iBilRlÛ9'â«4*J^èQUgkl«ï Ue Ë^ilit est bon et même giradd. JM jH^tiW d« ^bl CM Btt ^, on àpen près t Fiatéitt àK^ac^f^ft à^pMtepcHÊ cent. Lecabinot^ Df«ÉtlH'eille8etd'dt)4*ËiiW|ï6'^ ait adopté les Tiaift pTtaQip«-»arkfe iBtomtiH. t'A^ cttltuse est reipeet^e pawaUetlMitt; LMBttttubetidM y sont libres, les droits te itatf-Mtt iStiWU r la! jA»* ùce est impartialement adpiinistrée. En on mot, ^t tout considéré^ h Sax«i:«tIe^[iW|ri' IA'^Ob Ilétti^éitJt dfe Tàilemagne. Cela «s bid» NMstij&abiejcdt «stadmlM^ bit après les terriblu fl^ttt qnl Ml M«t;«MtebKtlt et quelquefois tous ense«M« êèléè cO-bëa* payé à Udl ntoé. ^' ■ ■■' ■"■ ■ ■-' ■■ ■'-'■■■■

On est pcTsnadé iet< q«e méê aaûAoïU 10 fhtf^'j M l'est que les deux ooiiAitltp<éHaleiiiont éb tftMeori 66 l'est que la Rnsne mao^^ui^, d^tiiihiinèK fet de chevaux ; et franchciOBBt' «<« opâratiOii de-lMM(tfe Mt tme triste opération. Ou etirit qae aotis tft^eftjds, irïl le faut absoluoient, d'aç^ét «ne dlvldcil eft AHétb»gne, sans nous en mêler, sauf À 'Veëk' ètffltt an HeàOti de celai qui se umvvraii tmpwt dan^| «M Wlii*hbA: g^e pas que nous voulioas qne rAilem^pie Mil i lU seul ni même à deM) et qnAfft'à lA nw^tât Mropéenne, on pense qtie, nouvitttéiétfttlJnilWntatlM celui de l'Angleterre, elle i«M MMié^dt dtMJdM tM d'autre.

J'ai vérifié que l'électeur de Bifiérfrurattit point «t

3l6 HISTOIAE SECRÈTE

une attaque proprement dite; il a tout simplement chdLïiQé de maîtresse : lorsque cela arrive ^ il force soA ré^me vénérien, et il en résulte des accidens de ntxb, qui ressemblent ù de fausses attaques, et qui le conduiront un de CCS jours à la paralysie. On ne compte point sur sa vie.

Les hostilités du stathouder ont fait ici beauconp de sensation à son détriment , et moi je ne pense pas qu elles soient aussi désastreuses pour lui qu'on panât le croire. Si nous compromettons province à province, nous perdrons de nos avantages; et, l'on a beau dire que le stathouder ordonne en Gueldre au stathouder^ il y a là beaucoup de noblesse qui forme une opinion publique.

Je vous envoie le tableau militaire de l'électoriBit de Saxe, qui n'est point un secret ; mais j'y joindrai, le courrier prochain, celui des magasins, que je me sois procuré , par une circonstance singulière , qo'il est inutile de détailler ici. Je remarquerai seulement que la coutume où est l'électeur de se servir pendant plusieurs années dans ses bureaux de surnuméraires sans appointemens, doit donner lieu à des découvertes^ quelque bien gardé que soit ici le secret.

Je remettrai à M. de Vibraye, qui retourne à Paris, toutes les minutes de mes chiffres bien et dûment ca*

chetées à votre adresse

Il ne compte point revenir ici, et il espère l'ambassade de Suède.

Les mouvemens qui vont se faire dans les diplomaties par le vide de M. d'Adhémard ne pourraient-ils pas me ménager quelque chose déplus agréable et de moins précaire qu'une commission non avouée, naturellement finie avec la vie d'un ministre qui court à la niort.'

DE tA COUR DE BERlIN, ^fj

J^espère que votre amitié ne s'endormira pas. Franchement on pourrait faire plus mal. SI vous vous donnez la peine de relire mes dépêches, actuellement que les voilà non chiffrées et correctes, et que vous combiniez en même temps les difficultés de tout genre que j'ai à vaincre et le peu de moyens que me donne ma position nébuleuse, vous ne serez pas mécontent de ma correspondance. Et par exemple, depuis que Selle a fait paraître Thistoire de la maladie du roi, j'ai la satisfaction de voir que je vous ai parfaitement instruit. Il est vrai que sous le feu roi, à la fin d'un si long règne, on savait à qui s'adresser , et que maintenant il faut découvrir quelles seront les nouvelles portes auxquel-* les il faudra frapper. Mais je crois avoir passablement peint les hommes et les choses. Eh! que ne pourraisje pas en ce genre ! que ne découvrirais-je pas, si j'étais accrédité ! . . .

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