LETTRE REMISE
Que la lumière se fasse y et la luimère nmtra i Totie voix, et son auréole divine ornera mieux votre tête fi tous les lauriers des conquérans.
Il est dans vos États, Sire, un fléau âévoraut|(|K vous ne sauriez trop subitement étouffer (et sans dook un tel bienfait si{;nalerait dignement la première jovnée de votre avènement au trône) ; c^est le £iA>| fî n'en serait que plus odieux et plus redoutable^ quoi il vous procurerait des trésors, et qui^ pour on pitoyable profit de cinquante mille écus^ précipite dui toutes les calamités du vice et de la misère les cfaM industrieuses de votre peuple.
On vous répétera, Sire, ce que de prétendus hoxBMi d'Etat n'ont pas rougi d'écrire et d'imprimer j qoek loterie peut être regardée coomie un impôt libre et volontaire !.... Ln impôt !.... Quel impôt ! qui lovk ses plus grands produits sur le délire on sur le désespoir ! Quel impôt, que le plus riche propriétaire en 1 dispensé de payer, et que les hommes sages^ les meilleurs citoyensne paieront jamais !. ..Un impôt libre!..* Étrange liberté ! chaque jour ^ à chaque instant du jonEy on crie au peuple qu'il ne tient qu'à lui de s'enridâ avec un peu d'argent ! on propose un million poitf vingt sous au malheureux qui ne sait pas compter^ qui manque du nécessaire ; et le sacrifice qu'il £ait à ce ftl espoir du seul argent qui lui reste^ de cet argent qô apaiserait les cris de sa famille^ est un don libre et volontaire ! c'est un impôt qu'il paie à son souverain!
On vous dira encore, on osera vous dire que cède horrible invention, qui empoisonne tout^ jusqu'à Fei* poir, le dernier bien des humains, est un mal^ mais qu'il vaut mieux que vous recueilliez vous-même li moisson de votre loto, que si vous l'abandonninaia
A FRÉDÉRIC-GUILLAUME II, SSq
loteries étrangères... Ah! Sire, rejetez avec horreur "cette arithmétique corrompue, ces sophismes détestables : certes, il est des moyens de s'opposer aux loteries étrangères ; on ne doit point appréhender les collecteurs secrets, ils ne peuvent pas pénétrer fort avant lorsque la peine est sévère, et c'est bien là, c'est là seul^ement qu'un prix pour la délation est sans inconvénient ; car c'est la peste circulante qu'on dénonce. La ■Seine naturelle contre ceux qui favoriseraient les mises -?iux loteries étrangères, est l'infamie, l'exdusion des "Slaces municipales, des corporations de marchands^ *fu droit d'assister à la bourse : cette peine est très-séère , et suffît sans doute. Mais s'il fallait des remèdes 'extrêmes pour arrêter un tel délit, la peine de mort^ fîctte peine qui révolte mon esprit et glace d'effroi mon Ime, cette peine prodiguée pour tant de crimes, et |u'aucun crime ne mérite peut-être; serait plus excusée >ar rhorrible liste des malheurs et des désordres qui laissent des loteries, que par les conséquences même exagérées d'un vol domestique.
Mais, Sire, une grande, première et subite opération |ue je demande à Votre Majesté, au nom de son inérêt le plus prochain, et de sa gloire, c'est une déclamation prompte et formelle, revêtue des caractères les ^lus imposans de la souveraineté, qu'une tolérance ilimitée sera dans tous vos États à jamais ouverte à loutes les religions. Vous avez une occasion très-na- :ureile et non moins précieuse de faire une telle déclaration : consignez-la dans l'édit qui accordera toute iberté civile aux Juifs, Ce bienfait, qui, dès les premiers momens de votre règne, vous fera surpasser en tolérance religieuse votre illustre prédécesseur, c'està-dire le prince le plus tolérant qui fut jamais; cebieib-
5gO LETTIB aEHBB
&it ne sera pas sans récompense : i la soraA
nombreux de population et de capit^MX qall tooi*
tirera infailliblement aux dépens des autres pa^ A
la seconde (j^énération les Juifii deviendront de bonitt
d'utiles citoyens ; il ne faut pour cela qae les cao»
rager aux arts mécaniques et à ragricultme^ qm ki
sont interdits ; les affranchir des taxes parûcnfièreifi
les surchargent ; les faire ressortir comme vos fldm
sujets des tribunaux ordinaires, en ôtant à leonié*
bins toute autorité civile. Sire, je tous en coojoR)
gardez-vous de suspendre la déclaration de latoiénuoe
la plus universelle. On craint dans vos États depb
en ce genre, plutôt qu'on n'espère de gagner. Oatt*
doute ce qu'on appelle vos préjugés^ vos préventMai
votre doctrine : c'est le seul côté peut-être par kqsl
la calomnie vous ait sérieusement attaqué ! Donnoa
démenti solennel à ceux qui vous ont annoncé coov
intolérant; montrez-leur que votre respect poorli
opinions religieuses remonte a votre respect fM^
Grand Être, et que vous êtes loin de vouloir preftcoR
la manière de l'adorer ; montrez que^ quelles quesoiot
vos opinions philosophiques ou religieuses^ vois >
prétendrez jamais au droit absurde et tyrauniqne ij
ranger les autres mortels.
Après ces opérations préliminaires^ T^> j^ ^ ^ rais trop le répéter, sont bonnes dans une heure oooM dams un an, et qui par conséquent seraient mdUetf* aujourd'hui, un coup-d'œil plus particulier sur le i^ tème d'économie politique qui régit vos États vous c(t duira à d'autres considérations .
C'est une chose très-remarquable qu'un hommsvl que votre prédécesseur, distingué par rextrêmeJBf tesse de son esprit^ ait embrassé un s^làme dféooBO'
A FRÉDiRIOpCUILLâUME II. SqI
mie politique si profondément vicieux. ••• Impositions indirectes^ prohibitions extravagantes^ réglemens de tout genre^ privilèges exclusifs^ monopoles sans nowir hrej.s. tel a été Tesprit de son gouvernement inté-
] rieur, à un degré qui, s'il n'était pas odieux^ serait fort ridicule.
£t^ par exemple, comment ne pas s'étonner qu'un Frédéric U ait consumé du temps à fixer dans une ville comme Berlin les prix d'auberge, la solde des laquais
' de louage, la valeur de toutes les choses nécessaires
\' à la vie; qu'il lui soit venu dans l'esprit de défendre lespommes de France danslaMarchede Brandebourgs qui ne produit que du bois et des sables ; conune si les pommes de ses États craignaient la concurrence des autres ! les œufs de Saxe^ en disant pour toute raison :
\ Est-ce que mes poules ne pondent pas? comme si tous les œufs de poules de Berlin ne sont pas consom-» mes avant qu'on en fasse venir de Dresde ! les souri^^ cières de Brunswick j comme si l'on avait jamais vu un homme fonder l'espoir de sa fortune sur une spéculation en souricières!.... On ne finirait pas si l'on voulait rassembler toutes les singularités de ce genre* Et qui pourrait penser sans douleur et sans pitié que quatre cent douze monopoles se partagent votre royaiune, tant ce système, non moins absurde qu'inique, était enraciné dans l'esprit du gouvernement de Frédéric II; qu'un assez grand nombre de ces monopoles a survécu, du moins par l'ordonnance prohibitive qui les a créés, à leur exercice qu'ont abandonné les privilégiés ruinés^ banqueroutiers ou proscrits; qu'enfin la liste des choses prohibées dans vos États excède de beaucoup celle des choses permises, et parait incroyable aux hommes même les plus accoutumés aux délires de Fesprit ré-
5ga LETTRE REXltE
glemen taire et fiscal. Voilà cependant à quel point peut se rapetisser même un {j^and homme lorsqu'il yeut trop {gouverner !
Comment aussi ne pas s*étonner qu'un prince m. vi- {^ilant^ si actifs si appliqué a son métier de roi^ ait laissé le système des impositions directes exactement tel qu'il était sous Frédéric V^y où le clerg^é était ceDtt payer le cinquantième de ses biens, la noblesse le trente^troisième^ et le peuple le dix-septième, surcharge alors excessive, mais qui, par les difiérenca survenues dans les valeurs et dans leurs signes, est presque réduite à rien ; de sorte que c'est l'indasirie et le commerce que votre prédécesseur pressurait imptoyablement, tandis qu'il fondait à grands frds des manufactures et des fabriques?
Comment ce même roi, si conséquent et .si fidèle a ce qu'il s'était ordonné, a-t-il tout à la fois établi tant de colonies nouvelles en leur accordant des franchises et des propriétés, dont il connaissait par conséquent la nécessité pour l'agriculture, et laissé subsister le régime absurde qui exclut dans la plus grande partie de son royaume toute propriété? Comment n'a-t-il pas senti qu'au lieu de fonder a grands frais ces colonies, il augmenterait bien plus rapidement ses revenus et la population de ses provinces, en affranchissant les malheureuses bêtes de somme à figures humaines qni les cultivent, et leur distribuant en propriétés^ sons cens héréditaires en fruits, ces vastes landes appelées domaines, qui absorbent presque la moitié de vos États?
Toutes ces choses, et mille autres de ce genre, sont bizarres, sans doute ; mais il n'est pas tout-à-fait im* possible d'expliquer ces aberrations de l'esprit d'on
A FRÉDÉRIOGITIUÀmfE II. SqS
grand homme. Sans entrer ici dans un examen pard-^ culier de la trempe de cet esprit^ d'où il résnlteraît'qne Frédéric II a été beaucoup plutôt un exemple presque unique du développement d'un grand caractère mis à sa place^ que celui d'un génie très-élevé par la nature au-dessus des autres hommes^ il est aisé de voi^ qu'ayant tourné toutes les forces de son talent à former une grande puissance militaire avec des États désunis^ morcelés^ pour la plupart inféconds^ et voulant pour cela devancer la marche lente de la nature^ il a songé principalement à l'argent^ parce que l'argent était Tunique moyen de hâter. De là lui est venu le culte de l'argent^ le goût d'amasser^ de réaliser^ de thésauriser ; et les systèmes de fiscalité qui arrachaient le mieux ce métal des mains de son peuple^ sont ceux qu'il a le mieux accudOUis. Toutes les ruses^ toutes les extorsions fiscales nées dans les royaumes plus avancés^ qui malheureusement^ en ce genre^ conune en tout ' autre^ donnaient le ton à l'Europe^ se sont tour-à-tour I naturalisés dans ses États. Frédéric II fat d'autant plus ' aisément entraîné vers ce..but^ que la situation do quelques-unes de ses provinces^ débouché presque né* cessaire de la Saxe^ de la Pologne^ etc. ^ a rendu chez lui la multiplicité et la sévérité des droits moins rapidement nuisibles au produit des péages. D'ailleurs sa nation^ peu active^ et peut-être entachée encore aujourd'hui de l'imprévoyance germanique^ qai néglige oa dédaigne les réserves^ ne lui laissant pour la mouient d'autre ressource que celle de son propre trésor^ il a cru que les Prussiens avaient besoin d'être aiguillonnés par les surcharges^ qui pourtant ne sont propres qu'à lalen*tir ; il a cru qu'ils devaient être enseignés par les sii>nopoles, comme n les mcmepoles ne feUrdaienti p«B VIII. -• 38 .
5g4 LETTBB REIIUE
toutes les lumières. Les preimen ùitB, le piodi^M esprit de suite, qui a éié son caractère distuicdf, k multitude de ses affaires, qui l'a forcé à laisser tM ce qui n'était pas système militaire ou inatitntkm astuelle sur les bases qu'il avait troaTees ; llialMliidi de no souffrir aucune contradiction^ et de ne poiM discuter ; son extrême mépris pour les hommes, qn explique peut-être tous ses succès, toates ses £uiiei| toute sa conduite; la conscience de sa supériorité, qoi Ta confirmé dans la fatale résolution de tout Toir, de tout régler, de tout ordonner, de se mêler de tout; ces diverses causes combinées ont rendu dans ses Éuii le bri{;andage fiscal , le système des monopoles^ nu loi irréfragable et sacrée, que son humeur absohis et la morosité de sa vieillesse aggravaient arbitrairmcst chaque jour.
Tant et de si grands maux ont en àlaTéritéqodqM compensations. Frédéric II a joint à d'énormes impôt! une rigoureuse économie. U a levé de grandes contributions chez ses ennemis; ses premières guerres est été payées de leur argent ; il a conquis une sopsAe province où une grande et riche industrie, fonnée sans doute par un gouvernement plus sage que le mB) s'est trouvée établie. U a retiré des snbsidâi de sas alliés, et la folie d'en donner n'est plus de mode, n a joui d'à peu près vingt* quatre années de paix, et d'une considération qui ressemblait plus encore i m culte qu'à de la crainte. U a réservé continuelleDUSt dans ses États quelques parties de l'argent qu'il exMquait. Sa nouvelle discipline militaire, genre d^ndnH trie dont il a été le créateur, n'a pas peu contrifaiii k sa puissance, et son trésor, au milieu de FEoropeDb^ rée, lui aurait presque suffi ; car si sa verve
aAt duré plus long^temp»^ il aurait adbeté ce qu'il a'aurait pu conquérir. Qui Mit enfin si Frédéric II n'a pas dû une grande partie de ses mccès intérieurs à Vé^ tat déplorable de Fespece humaine dans F Allemagne, au presque partout, H ce n'est en Saxe, on était plua mal que chez lui ?
Cependant^ Sire, qu'a &it comme roi ce grand bomme au prix de tant d'efforts ? Vous a^-U laissé des Ëtats riches^ puissans, heureux ? Otes^leur la réputation militaire et les ressources du trésor, qui peuvent le dissiper, le reste est bien fEÛble* Supposes que les provinces qui composent votre royaume eussent été loumises à un gouvernement patemd, et peuplées par les hommes libres, l'acquisition de la Sîlésie aurait >eut«etre été plus lente; mail qude diffiârence on ttr marquerait aujourd'hui dans toutes les autres {Ncovin* ses et dans la richesse natioDale I
Sire, vous êtes dans une positioD toot-^rCut diffé» rente de celle où s'est trouvé votre prédéoetBOur. Laa meurtrières ressources du régime fiscal sont épuisées; 1 est donc indispensable de cbaoger de vjrstème* Une irmée ne pourra pas toujours, elle ne pourra pas long- ;emp8 faire le fond de la puissance prussienne* A £mt donc étayer voue armée de toutes les ressemée» inlérieures qu'une bonne admimstration sait asieoir sur les bases solides et permanentes. Il vous ftiit animer véritablement l'industrie de votre n«tioii|| m profiunt sivec habileté de c^ que votre prédéceiNPr vous a transmis par des moyens extrioc^Knaires^ périaiables. Vous pouvez et deve£ jouir Iwg^-tempa j il n^^ donc pas absurde de vous proposer de semer pour recueillir. Des sacrifices momentanés, mime de gnnds «aorifices, fussent-ils nécessaires aiiiovtid'iwi |K)iHr.'M!"
5g6 LETTRE REinSE
yenir à faire des Etats prussiens^ qui ne sont jos^dU qu'un camp vaste et formidable^ une monarchie staUe et prospère^ fondée sur la liberté et la propriété, YOtR immense trésor vous rendant ces sacrifices ÎTififfî™^ moins onéreux qu'à tout autre souverain^ Téchiiip dont il vous offre le moyen sera un moyen exceUeDl pour vous, même en y faisant entrer pour rien la joinsance de faire des heureux.
La base du système que vous devez vons formeri Sire, c'est une idée juste des métaux précieux qui m sont qu'une faible partie des richesses d'une nation, d beaucoup moins importante que celles qai renaisNSt annuellement sur le territoire. L'incorruptibilité et h rareté de l'or en ont fait un gage, un moyen d'échange entre les hommes. C'est la généralité de son usage qô a principalement trompé sur l'opinion qu'on doit ft faire de sa valeur ; la fisicilité de l'emporter^ lorsqu'on est obligé de fuir, surtout dans les lieux où la tjrsnr nie s'est fait craindre, a donné à tous les individus l'envie d'amasser de l'or^ et les fausses opinions sur œ métal se sont encore renforcées de ce désir nnivend.
Il n'est pas moins vrai que, l'or étant nn agent d/sf- Êdres, et la multiplicité des agens multipliant les affaires^ et la quantité des affaires formant la prospéiiti des nations^ c'est une folie d'emprisonner l'or^ ou de fsdre en sorte qu'on l'emprisonne. Que diriesE-v<AB d'un prince qui voudrait être un conquérant^ et ticD" drait son armée renfermée dans des casernes ? Yoili précisément ce que font les rois qui thésaurisent ; ib réduisent à l'inaction ce qui n'a de valeur qaé paï l'action. *
Mais une idée juste de l'or se lie nécessairement â celle d'un gouvernement qui respecte la propriété^ et'
fi ia
re
A FRÉDÉRIC-GUILLAUME II. SffJ
ij qui^ suivi des principes de justice très-rigoureuXji tels
i eafin qu'une confiance inébranlable^ donne à chacun
r la plus parfaite sécurité ; sans quoi le véritable usage
de For est traversé d'accidens sans nombre^ qui lui
ôtent son utilité pour la fécondation de l'industrie
nationale.
Vous ferez tout pour la confiance, Sire; mais il vous restera à observer que les nations sont liées entre elles par le commerce^ et que For^ à raison de sa nécessité pour les opérations du commerce^ en est lui-même un des objets. Il faut qu'il afflue ici et là^ selon les combinaisons infinies des commerçans. De là vient qu'aucune nation ne peut allier avec les idées saines du commerce les gênes de l'exportation de l'or; car il&ut bien que chacun finisse par payer ses dettes^ et personne ne donne ni ne reçoit l'or^ sur lequel il y a peu à gagner^ que lorsqu'on a épuisé les moyens de solder en marchandises qui donnent du profit au vendeur et à l'acheteur. Que penseriez-vous^ Sire^ d'un prinoe qui encouragerait les négocians de ses États à établir beaucoup de manufactures^ beaucoup de commis par conséquent; et défendrait que ces commis allassent au dehors de ses Etats acheter les matières nécessaires à ces manufactures ? Telle est l'image du prince qui gène ou empêche la sortie de l'or : telle est sa folije. Mais d'où vient cette folie? c'est qu'il craint que l'or ne rentre pas ; et pourquoi? parce qu'il a le sentiment secret que ses sujets ne sont pas tranquilles sur leur propriété... • Vous le voyez, Sire^ justice, proprUii, respect des hommes, guerre à la tyrannie des uns sur les autres y sont les conditions indispensables de toute vue de prospérité.
SgS LETTKE RBmSB
Qaand vos Bujeu^ seront tranqailles sur ces eoni» lions^ ne craijjncz pas de voir sortir votre or; il ne» tira ({ue pour on aller chercher et pour en rappocMr davanta{jc. Ne Toublicz jamais^ Sire, la yalenr b'cb&s sans retour avec lui lorsqu'on ne le laisse pas abiok* ment soumis aux volontés du conunerce^ qoieMiQi seul monarque. J'entends ici par commerce le moQ!t^ ment {général de toute industrie productive, d^ ra{]^riculteur jusqu'à Partisan.
Mais que fait-on dans les Etats où la sécurité dn citoyen est parfaite^ et où Ton a senti qpe Tor ne pett jamais être ni fixe, ni acquis en quantité sufiBsante pour les échangées? On a ima{pné des caisses d'escompte, de banques de secours. Les billets qu'elles mettent dus la circulation deviennent^ par la confiance où l'on eil de pouvoir toujours les réaliser à l'instant même, me monnaie, qui, n'étant pas universelle, remplace l'or a» dedans, et fait qu'on ne s'inquiète pas de ses excnrâons au dehors.
Voilà, Sire, les établissemens que vous devex ambitionner. Heureux l'Etat où le souverain qm^ ayant habitué ses sujets à l'opinion d'une grande sécurité intérieure, pourrait faire sortir de son trésor de qaoi fonder de tels établissemens à son profit ! Que d^ ventions fiscales produites par la filouterie^ sous h protection de ri{];norance et du gouvernement, que d'impôts absurdes et tyranniques il éteindrait en gi* gnant l'intérêt de l'argent représenté par cette monnaie de confiance ! Eh ! quel impôt plus doux^ plia naturel, plus fécond, percevra jamais un prince^ qoft l'intérêt de l'argent, lorsqu'il peut le gagner par tM monnaie qui ne lui coûte rien ? Un tel impôt se paio
ti
A FRÉDÉAIQ-iGUXXAAtJXE II. 5gg
lavec joie ; car rindottiie est emprunteuse^ et partout j^où elle appartient à son maître^ chacun voudrait être I, industrieux.
Il L'aperçu que je viens de vous tracer^ Sire^ et que I vous pouvez appuyer de tant de détails que j'ignore^ ^ et de tant d'autres qu'il serait trop long de vous rap- , pder ici^ vous conduira natnrelleinent :
I <> A la distribution de vos immenses domaines éu'tre des cultivateurs auxqueb vous fournirez les avances qui leur sont nécessaires^ et qui deviendront de vrais propriétaires^ moyennant un cens perpétuel^ et payable en production de la terre^ afin que vos revenus augmentent avec la progression du numéraire.
20 A une modération convenable ( en attendant le bonheur de pouvoir les abolir) des impôts indirect»^ des droits d'accises et de douanes^. etc«^ dont le pro-« duit croîtra toujours en raison inverse de la quotité du droit et de la rigueur de la perception 5 car la con<* trebande^ excitée par un plus grand appât^ sait trou^ ver des protecteurs parmi les hommes dont le devoir est de la réprimer^ et des agens parmi ceux dont le métier est de les poursuivre. On peut remplacer d'ailleurs en grande partie ces impôts désastreux ; l'auç* mentation naturelle et très-juste de l'im t ;^ de
l'impôt sur la terre^ dont aucune terre être
franche ; sur la terre, qui porte en de "6 analyse tous les impôts et d'une manière d'attU plus < reuse qu'ils sont plus détournai. Q chic^ 1,
que d'entraves, que d'inquisitions, qi in que
de désordres s'évanouirontaloi8!...fl( x 3 c, plus oppresseurs que le feurdean même de Tim t, l • jours plus terribles par sa maova' ^
sa quotité I Alors disparaîtra ce ^
600 LETTBS RBIIISB
dans vos Etats avant le dernier r^fne; le vice de kl P^ contrebande^ c|ui donne la mauvaise foi pour base ■ | ^ coniincrcC) qui déprave les mœurs, et ùit naitn k I ^' mépris {;énéral des lois. Alors sera relégué dans les ca- 1 ^ fers ce droit épouvantable attribué par votre préd^ | ^i cesscur à l'administration des accises et péages, d'aggraver arbitrairement la punition des contrebanJ» 1 f^ et de multiplier leurs amendes.
3'' Vous arriverez à la ferme résolution^ au système invariable de favoriser de toutes les manières posBiUei le commerce de transit^ qui va se dérouter si l'on vexe plus long-temps les étrangers, ou plutôt qoi s'est déjà sensiblement dérouté ! Les tracasseries et les détails causés par les formes de la perception des droits sur ce commerce, la fatale vigilance à ne pas laisser introduire de contrebande par la foire de Francforlr sur-l'Oder, ont produit cet effet funeste, que les Polonais, qui faisaient autrefois un commerce très-important dans cette ville et à Breslav^, les évitent endfr rement aujourd'hui, et se condanment à un détour de près de cent milles d'Allemagne, par une grande parde de la Pologne, de la Moravie et de la Bohême, pour arriver à Leipsick. Aussi cette ville, bien moins £eivorablement située que Francfort-sur-l'Oder, qui possède un grand fleuve, est-elle depuis quinze ans devenue florissante, en raison de ce que l'autre a déchu. Cette décadence va toujours en augmentant, et cela an moment où la révolution de l'Amérique menace le Nord d'une si puissante concurrence. Profitez, Sire^ du dernier période peut-être où le commerce de transit seia pour vous un objet de quelque importance ; &vorisesir le par l'allégement de la plus grande partie des droits qui le repoust^ent; favorisez-le par la simplicité» de li
A. VKÈaiBXa'GVrLLÀSjME II. 60I'
perception, par la confiance qa'ÏD^ireront votre candeur et votre bienveiUance généreosc. Eh! qad mo^ ment plus heureux pour manifester vos inteatûnu en ce genre, que celui oà quelques-uns de twtoBÔiu se ùgualent par tant de fofiea ^prohilùtiTes !
4° Vous aurez l'honneor vraiment unique et réservé pour vous, Sire, d'abolir les monf^t^, qnï ne henr-' tent pas moins le bon seni que l'équité^ et sont dans vos Etats une source si féconde de malédictions et de haines. Les commerçaiis prusûens, aiguillonnés parle spectacle des compagnies monopoleurs ( Itf nature veut conserver l'espèce humaine ; die &it toujours sortir du mal quelque bien), et, gr&ce à rexcdleote posiûon de vos Etats, ont Ëùt quelcpes progrès malgré tous les efforts prodigués pooi étoofEer leur indostrie } au premier rayon d'espoir' de voir dispànûtre les monopoles, ils remplaceront, par des contributions volontaires, une bonne partie da déficit qn'tm nouveau système peut opérer d'abord dans vos revenus.
5° Vous arriverez enfin au plus grand des bien&its, à la plus utile des spéculations poliûques et financières. Vous affranchirez l'industrie, les arts, les métiers, le commerce ; le commerce, qui ne peut vivre qu'à l'ombre de la liberté, le commcxce, qui ne demutde au roi que de ne lui pas faire de mal. Quand vous examinerez sérieusement si ces manu&ctUMS paériles, qui ne peuvent jamais soutenir la ctMteOlTence des étrangers, valent la peine d'être enconnjfées si chèrement, les prohiMtions auront lùentÂt disparu de vos Etats. On n'a favorisé les toiles de Sîléâe-qn'en exemp< tant les fabricans de la conscription militaire ; et ces toiles sont l'objet le plus important de votre commerce. Dana aucune de vos provinces oa netronve de fabri-
60SI LETTRE HEIIISB
ques plus floriflsantes que dans cellef de Wtttphifa, 1 ji nommément dous le comté de Marck^ ci jamak 11 1 iv gouvernement n'a rien fait pour encourager cette i^ 1 di dustrie, que de ne pas la tourmenter au-dedans. Jedb I Si au-dedans, car toute production de l'induatrie dessin 1 y jets prussiens au-delà du Weser est réputée étrangère I i et contrebande dans les autres provinces, et cda maà d est une iniquité odieuse et absurde, que vous ne k» h serez pas subsister. Vous affranchirez tout. Sire, et ne i donnerez point de privilèges. Ceux qui les demandent sont presque toujours des ignorans ou des firipoDs; et il n'est pas un moyen plus sûr de tuer llndustris que d'en accorder; s'ils sont connus en Angleterre^ c'est que la forme qu'ils y ont reçue les rend presque nuls. Les Irlandais n'en admettent plus; le gonvecn^ ment et la société de Dublin donnent des encourage» mens, des secours ; mais à condition qu'on ne demande pas de privilèges. Sire, le plus beau, le plus sAr moyen d'avoir tout ce que la nature ne défend pas, c'est la liberté ; c'est la prodigalité de tout ce qui attiie l'homme par les sentimens moraux et par le Ûen-être physique ; tout privilège blesse les premiers, isole le se* cond.
Je vous supplie d'observer, Sire, que je ne vous propose point de couper tout-à-coup, et sans précan* dons, toutes ces branches parasites qui défigurant et achèvent d'épuiser le tronc que vous devez embellir ei fortifier t mais je vous conjure aussi de ne pas toi» arrêter à la crainte des vides de perception que vos fermiers, uniquement occupés de leur existence, se manqueront pas d'exagérer. Le seul d'entre eux qui ait véritablement une grande connaissance des rapports généraux du commerce, et dont vous puissies attes*
À FRÉDiRicH^unjiâtniE n. , 0o9
drê des opérations Yi^aîment habiles^ le jour où TOtre système sera invariablement dirigé vers imailtra ordre de choses que celui auquel <m a prostitué ses taléns$' Struensé signerait tous mes principes ; il indiquerait à Votre Majesté vingt moyens de suppléer aux extor** aions de la fiscalité. Et^ par exemple^ les comnmtKtidns de droit sont un art nouveau qur^ dans les inains d'un homme aussi éclairé^ pourrait accrdtre vos revenus en allégeant le £ftrdeau public*
L'Angleterre^ feiite pour donner des leçoM à tout l'univers^ faite surtout pour étonner l'esprit homaiil^ en lui dévoilant les ressources infinies d'une confiance au maintien de laquelle on fiât tout concourir j l'Angleterre vient de tenter une belle et heureuse expé^ rience en ce genre ; elle a commué les droits sur le thé en un droit sur les fenêtres^ et le succès est prèdigieux. Faites- vous rendre compte^ Sire> de Cette opération;; elle est consignée avec tous ses effet» dans tm ouvragé qui vous ouvrira de grandes vues. Vôtre esprit géné« ralisateur prendra confiance dans l'industrie de l'honnête homme, et dans les ressources de sa sensibilité^ aidée d'expérience et de talent^ lorsque le malheur dea impositions exagérées doit durer encore^ et que letir assiette est vicieuse. Mais^Sire^ quand voM séries obligé, pour remplacer des droits incoimmilables^ et cependant destructeurSi d'alkr chercher lei gros ifr*. térêts que paient les puissances «upruoUiiies^ <A se* rait le malheur? qud avantage ne tésiilMrait<^il pa» pour un pays qui a des trésors^ de les empiéter à pomper ces mêmes intérêts qui afhMissent àm Etale redoutables ? Pourquoi ne pas saisir les mojaiii qn'ili fournissent ainsi i Iran âiijpmê de ne pis Ifsendodstf
6o4 LETTRE EEMISE
Ne voyez-vous pas, Sire, que ce i rait : à Tout fm payer un tribut, et sans danger? car les gouvemcHS mêmes, qui seraient assez insensés pour Touloîr Tcki leurs créanciers, ne le peuvent plus^ grâce à Fan» gement général du commerce.
Il reste à savoir a qui vous confierez des tnvau ■ délicats, si intéressans. Ce n t pas à un étranger qdl convient d'apprécier vos sujets : cependant^ Sbe, fl a est un dont les talens sont très-estimés en Fianœ, a Angleterre, et qu'ainsi je puis oser vous nommer; c^ctf le baron de Knypliauseu, qui connaît bien les homma et les choses des pays où il a servi, et principalemal la théorie des fonds publics. Mais^ Sire, appelez sonort des négocians; c'est chez eux que se trouvent le pb» communément les talens, la probité ; c'est d'eox qu'est venue la théorie de l'ordre ; et que ferait-on sans ordre? Au reste, ils sont en général modérés ; ils ne sont point fastueux, et sous ce rapport ils méritent encore la préférence. Croyez, Sire, que les plus éclairés^ les plus sago et les plus humains s'éloigneraient de vous si leur ié« compense devait être dans les décorations de la vanité. On ne peut les accepter sans fouler aux pieds les principes auxquels on doit la gloire d'avoir mérité d^ récompenses, sans payer de mépris la classe cp'on ho* nore ; et le négociant digne de votre confiance craindrait de devenir coupable d'une telle ingratitude enven ses semblables. C'est là même un des caoactères anxqods vous pourrez le reconnaître. Le grand Pitt mourut daof le lord Chatam ; et celui-ci ne s'est jamais consolé d'avoir ainsi trahi sa gloire. Les services des nëgociau que vous emploierez, loin de multiplier les inémiitci monstrueuses qui désorganisent vos États^ doivent la
A FRÉDÉRIC-GUILLAUME II. CoS
i détruire. Voilà la récompense de tels hommes^ et non ' de vains titres de noblesse^ ou de plus vaines déco-« ! rations.
Mais, Sire, c'est trop long-temps abuser des momens précieux où le sceptre vient de tomber dans vos mains. Qu'ajouterais-je à cet écrit que vos propres réflexions^ nourries de faits qui vont frapper journellement vos regards, ne vous diront pas mille fois mieux que moi? J'ai cru qu'il pouvait n'être pas inutile d'éveiller ces idées au moment où une existence si nouvelle, une si grande variété d'affaires, et la multitude des intérêts et des intrigues qui vont se croiser et se heurter autour de votre trône, pourraient vous ravir le calme d'esprit nécessaire pour résumer et choisir. J'ose espérer que ma franchise ne vous déplaira pas : si elle vous touche, ô Frédéric ! méditez sur ces lignes libres et sincères, mais respectueuses, et dites, daignez dire :
« Voici ce qu'on ne m'avouera pas, et peut-être le contraire de ce qu'on me dira tous les jours. Les plus courageux n'offrent aux rois que des vérités voilées j
ici je vois la vérité toute nue Ah! cela me vaut
mieux que l'encens vénal dont me suffoquent les faiseurs de vers, les panégyriques d'académie qui m'ont saisi au berceau, et qui me laisseront à peine au cercueil. Je suis homme avant d'être roi. Pourquoi m'offenserais-je parce qu'on me traite en homme, parce qu'un étranger, qui ne me demande rien, qui bientôt quittera ma cour pour ne me revoir jamais, me parle sans fard ? Il m'apporte ce que ses yeux, son expérience, ses études, son entendement ont recueilli; il me donne gratuitement ces vrais et libres avis, dont nulle condition d'homme n'a si grand besoin que ceux qui soutiennent
6o6 LETTRE EEMIflB A P&iDÉRIC«Oini.XJimiB II.
une vie publique ; il n'a aucun intérêt à me tiompr, il ne peui avoir que de bonnes intentions. • . Examinoi attentivement ce qu'il nous propose; car le simple boi sens, la candeur naïve d'un homme qui n'a d'antre métier que de culdver sa raison et sa pensée, pooN raient bien valoir et la vieille routine, et les ruses, cl les formules , et les chimères diplomatiques , et la dogmes ridicules des hommes d'État par métier. »
Que l'éternel moteur des destinées humaines vdA sur vos jours ; qu'il vous les accorde doux et acdfa c'est - à - dire remplis par le travail consolateur, q« élève et fortifie Fume ! Et puissiez-vous goûter, jusqa'i la dernière vieillesse, la pure félicité d'avoir tout U pour la prospérité d'un peuple du bonheur duquel von êtes responsable, puisqu'il vous est confié I
FIN DU HUrriÈME ET DERNIER VOLUME.
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