ACTE III, SCÈNE IX. i3i
COVRLLB.
Elle a la bouche grande.
CLÉONTB.
Oui; mais on y voit des grâces qu'on ne voit point aux autres bouches; et cette bouche, en la voyant, inspire des désirs, est la plus attrayante, la plus amoureuse du monde.
Pour sa taille, elle n'est pas grande.
CLÊONTB.
Non; mais elle est aisée et bien prise.
COVIELLB.
Elle affecte une nonchalance ' dans son parler, et dans ses actions.
CLÉOMIB.
Il est vrai; mais elle a grâce à tout cela, et ses manières sont engageantes, ont je ne sais quel charme à s'insinuer dans les cœurs.
COVIBLLB.
Pour de l'esprit....
CLÊONTE.
Ail ! elle en a, Covielle, du plus fin, du plus délicat.
COVIBLLB.
Sa conversation... •
CLéoNTE.
Sa conversation est charmante.
COVIBLLB.
Elle est toujours sérieuse.
CLÉONTB.
Yeux-tu de ces enjouements épanouis, de ces joies toujours ouvertes ? et vois-tu rien de plus impertinent que des femmes qui rient à tout propos ?
I . Une eertaiue ■wwiiiltneg, mn air de Boadialaiiee : la phraM te lanniiie sans poioU nit]>eiitiCi daat TéékiiMi onglnalt.
il2 LE BOURGEOIS GENTILHOMME.
COVIBLLB.
Mais enfin elle est capricieuse autant que personne du monde.
CLioNTB.
Oui, elle est capricieuse, j'en demeure d'accord ; mais tout sied bien aux belles, on souffre tout des belles * •
COVIBLLE.
Puisque cela va comme cela, je vois bien que vous avez envie de Taimer toujours.
CLÉONTE
Moi, j'aimerois mieux mourir; et je vais îaliaïr autant que je Tai aimée.
COVIBLLB.
Le moyen, si vous la trouvez si parfaite ?
CLÉONTB.
C'est en quoi ma vengeance sera plus éclatante, en quoi je veux faire mieux voir la force de mon cœur : à la haïr, à la quitter, toute belle, toute pleine d'attraits, toute aimable que je la trouve. La voici.