ACTE III, SCÈNE XII. i
donner un nom oh d^autres en ma place eroiroient pouvoir prétendre, et je vous dirai franchement que je ne suis point gentilhomme.
MOIfSnnjR JOURDAIN.
Touchez là, Monsieur : ma fille n*est pas pour vous^
CLéONTB.
Comment?
MONSltUR JOURDAIN.
Vous n^êtes point gentilhomme, vous n^aurez pas ma fille V
Que voulez-vous donc dire avec votre gentilhomme' ?
I. c Cette phrase, dit Aoger, ett dereniie proverbe; on dit soaTtnt, pour eiprimer gaiement on refus : Tomehez U, vous iCaurez pas ma filU. » — Ce trait plaiiant ne doit peat-étre pas être attribué seulement i la bturrerie de M. Jourdain. Cette manière de signifier immédiatement et irreToeablemént un refus avec le geste et le mot même qui d*ordinaire assurent et solennisent un accord pourrait bien aroir été un des procédés traditionnels de la drilité, sinon de la malice, populaire; les circonstances, Tair et le ton Teipliqnaient, permettaient k IHnterlocntenr, entre deux intentions difiS&rentet et possibles, de cboisir, de démêler la naie t celle de ne pas rompre amitié et de montrer quelque regret de ne pas aeeorder, ou celle de railler par un court semblant de promesse, presque aussitôt ebangé en un refus bien en forme. Quoi qu'il en soit, TeffiBl B*en était pas absolument noureau au théâtre. Nous deTons à une note manuscrite de M. Endore Soulié d*en connaître un eiemple antérieur de huit ans au Bcurgeûii gentilhomme, Void le passage que l*infatigable et heureux dierchenr a extrait de l'une des plus méchantes farces du comédien auteur Cheralier, à saroir les Gâtants ridieuies ou les Amours de GmUlot et de Bagotin^ en un acte, en vers de huit syllabes, jouée au Marais, imprimée en 1661 et devenue fort hirc« (fin de la scène Tl) :
OUILLOT.
Taime Totre fille Angélique.
Lt Docraun.
Quoi ? c'est l'objet de vos souhaits ? Touchez, TOUS ne l'aura jamais.
a. Vous n'aurai point ma fille. (1734.)
3. Tel est bien le texte, très-naturel ici, et c'est par erreur que nous avons
« Les frères Parfaict en ont donni une analyse, tome IX, p. 109 et 11 0. Sur l'auteur, mort avant 1674, voyez les Coniemporains de Molière, par M. V. Foumel. tome UI, p. lélg-ijô; il a déjà été question de lui à la Ifotice de r École des femmes (tome 01, p. i3i),l la x** scène du Médeeim maigri lui (tome VI, p. 38, note a), aux noiiees de Pjiwre et de Monsieur de Pour' ceaugnae (tome VII, p. a5 et a6, p. Mi).
i44 LE BOURGEOIS GENTILHOMME.
est-œ que nous sommesi nous autresy de la c6ie de saint Louis* ?
MONSIEUR JOURDAIN
Taisez*vous, ma femme : je vous vois venir.
MÀDÀMB JOURDAIN.
Descendons-nous tous deux que de bonne bourgeoisie* ?
MONSIEUR JOUkDAIN*
Voilà pas le coup de langue ?
MADAME JOURDAIN
Et votre père n*étoit-il pas marchand aussi bien que le mien?
MONSIEUR JOURDAIN
Peste soit de la femme ! Elle n^ & jamais manqué. Si votre père a été marchand, tant pis pour lui ; mais pour le mien, ce sont des malavisés qui disent cela*.
dté (tome VI, p. Si 5, note 4) un exemple dn mot gemtilhommÊeriê^ eomi troaTUift dans cette ecène da Bourgeois gentilhomme, Noos noue ei rapporté à Littré, qui là peut-être a hxk trompé par le texte fiiotif de qadqae édition moderne. Tontes noi aneiennei portent gêmtUhÊmmt,
z. Searron a ansâ employé cette expreiaion, qni sans donta était commune alors : « Il fait Tentenda comme t*il étoit sorti de la cAte de saint Louis. » (Le Rmnan comique^ chapitre t de la I'* partie, i65i.)
a. C*est-è-<iire d'ailleors, d'autre part que de lionne bourgeoisie. Nous arons, plus d*une fois, dans les tomes précédents, rencontré, devant fve, de semblables ellipses de l'idée d'aulre.
3. Anger pensait que • ce trait est d*une force qui excède les bornes mêmes de Texagération théâtrale, » et que c Molière semble se presser ici de renforcer la doie de folie et de bêtise dont il a doué le personnage, afin qae la farce dont il Ta être tout à l'heure le héros et la dupe paraisse un peu moins iuTraisembleble. » Il résulte bien de cette scène que M. Jourdain, lui, n'a jamais été marchand, et il est, ce semble, asses naturel de supposer qn'tt n'a jamais tu non plus dans une boutique, ne l'ayant a»nnu qu'après le temps des affaires, le gros drapier auteur de sa fortune, on, si l'on vent, le geatil<homme que lui peindra Corielle dans la scène in de l'acte IV; cela admis, il n'est plus si absolument inTraisemblaUe, stcc la manie qui le possède, qa'U ait réussi I se persuader que son père n'arait jamais été qne le bourgeob opulent, de loinr, considéré, peut-être déjà glorieux, dont U a gardé le aouTenir. Au reste, quand bien mÂoae on ne Toudrait pas admettre ces expKcntioB», quelle exagération, passant tontes les bornes, y aurait-il donc dans ce tntt« dont il y a tant d'exemples, de sotte Tsnité ?