ACTE IV, SCÈNE I
DORANTE
Monsieur Jourdain, prêtons silence à ces Messieurs ^ ; ce qu*ils nous diront' vaudra mieux que tout ce que nous pourrions dire.
(Les Musiciens et la Musicteaae * prennent des Terres, chante|tt denz cliansont à boire ^, et sont soutenus de tonte U sjmphJnie.)
I. A ces Messieurs et à ces Dames. (1681.) a. Ce qu*ik nous feront entendre. {Ibidem,)
3. Et les Musiciennes, (Ibidem.) — La partition porte, comme le texte orignal, « les Musiciens et la Musicienne ». Cette indication et celle qu*on a rue au-devant de la scène ont probablement été rédigées pour l*impression de la comédie, quatre mois euTiroo après la première représentation à la yille, cinq mois après la première à la cour; elles semblent constater que, pour Tezécution des airs, on arait eu recours à une dianteuse. D'un autre c6té. Dorante, dans l'original, ne parle que de « Messieurs », et au livret ne figurent pour cet intermède (ci-aprèt, p. a3J) que des noms de chanteurs. La contradiction n*est sans doute qu'apparente. A la vérité, aucunes des paroles bachiques qu'on va lire ne conviennent à une fiemme ; mais musicalement la partie la plus élevée du premier et du troisième morceau (non du second, écrit pour ténor et basse) ne revenait pas de tonte nécessité i un homme. Les paroles de la première chanson en particulier sont faites pour être très-natnrellement dites par un chanteur seul ; Lulli cependant les a mises en duo toutes sans j rien changer; il n'y a donc là nul jeu, nul dialogue d'un buveur et d'une Philis : ce sont, si l'on vent, deux buveurs s*adressant chacun i sa belle. Aussi le livret nous apprend-il qu'à la cour la seconde partie, de basse, fut donnée à Morel, le seul des trois virtuoses nommés qui la pût chanter, et que la première partie, de hante-contre, fut donnée à de la Grille, qui avait, crojons-nouf, ce genre de voix; et c'est ce dernier musicien dont, parfois à la cour même, tonjonrs an Palai*-Rojal, une musicienne travestie * put très-biea prendre la place. — > Avait-on, an Palais-Royal, non-seulement substitué une voix de femme à celle de haute-contre, mais encore, pour les refrains, doublé les parties? Les variantes de l'édition de i68a qui ont été relevées le donnent à penser.
4. Dans les dialogues de la Comparaison de la musique italienne et de la musique françoise^ par Presneuse (1705), un des interlocuteurs s'écrie (U'* partie, p. i ig-iaS) : « Entre les choses en quoi notre musique l'emporte sur l'italienne, il {celm qui vient de tenir le dé dans le dialogue) a oublié les petits airs en vaudeville et les airs à boire. Oublier les airs à boire!... qui {avec les vaudevilles) sont des biens propres à la France et que les Italiens ne coonoissent point.... Ces vaudevilles, les airs à boire et les brunettes, les airs champêtres sont trois articles considérables et singuliers pour nous.... On a fait en France d'excellents airs bachiques avant que Lulli y fût venu. C'a été un des talents de nos premiers musiciens que Lnlli prit, en prenant
• Elle put à la rigoeor paraître tana travestisseinent, puisqu'il ne s'agit q«e d'un concert de taUe.
MoLiàai. Tiu II
16a LE BOURGEOIS GENTILHOMME.
PRBMIÀRB CHANSON À BOIRE ^.
Un petit doigt j Philis^ pour commencer le tour.
Ah! quun verre en vos mains a d^ agréables charmes î
Vous et le vin^ vous cous prêtez des armes *, Et je sens pour tous deux redoubler mon amour* : Entre lui^ vous et moi^ jurons^ jurons^ ma belle^ Une ardeur éternelle.
Quen mouillant votre bouche il en reçoit éC attraits^ Et que Von voit par lui votre bouche embellie l Ahï Vun de Vautre ils me donnent enivie^ Et de vous et de lui je m enivre à longs traits : Entre lui^ vous et moi^ jurons^ jurons^ ma belle^ Une ardeur éternelle.