ACTE lY, SCENE Y
COViBLLB.
Vous voyez. Ah, ah.
DORANTK.
De quoi ris-tu ?
COVIBLLB.
D*une chose, Monsieur, qui le mérite^ bien.
DORÀNTB.
Comment?
Je VOUS le donnerois en bien des fois. Monsieur, à deviner, le stratagème dont nous nous servons auprès de Monsieur Jourdain, pour porter son esprit à donner sa fille à mon maître.
DORÀNTB.
Je ne devine point le stratagème ; mais je devine qu^il ne manquera pas de faire son effet, puisque tu l'entreprends.
COVIBLLB.
Je sais, Monsieur, que la bête vous est connue.
DORANTB.
Apprends-moi ce que c'est.
COVIBLLB.
Prenez la peine de vous tirer* un peu plus loin, pour faire place à ce que j'aperçois venir. Vous pourrez voir
I. Dans TMition originale et dans eellet de 1675 A, 84 A, « qui la mérite»; fiiute éTÎdente.
a. De Tont retirer : « Tirons-noas an peu plat loin, » a dit aiusi M. Joordain à Dorante, ci-deaaos, p. lai. Ceat plus ordinairement tirer qoi a*em« ploie neutralement dans ce sens d*aUer^ te diriger^ comme an ven 8aa da Tartuffe (tome IV, p. 45<^) :
Tires de cette part ; et Toof, tires de Tantre ;
ou abaolament dans le aena de/«it aller, comme an vers i588 de rÉiomrdi (tome I, p. an) :
Tires, tirés, toos dis-je, on bioi je Toosaaaomme. MoLiiBB. Tni 1%
une partie de rhistoire, tandis que je vous conterai le
reste.
La Cërëmonie turque pour ennoblir^ le Bourgeois se fait en danse et en musi<]ue, et compose le quatrième intermède*.
Le Mufti', quatre Derris, six Turcs dansants, six Turcs masî-
I. Annobllr. (i68a, 94 B.) Cette écriture du mot arec deux n indique hos doute qu'une même prononciation nasale acberait de confondre amnohlir et êiuiohlir : royez le Dictionnaire de Littré, D*autreSy par exemple Rîdidet en 1680, écriraient anoblir et prononçaient probablement cette forme comme lUMit, mais sans en restreindrci comme nous, le sens. La distinction entre mmohlir et ennoblir^ faite en 1690 par Fnretière, et en 1694 par l'Académie (dans ta première édition, d*après une décision prise, il est rrai, bien antérienrensent) •, était loin d*étre établie en 1670 et en i68a : rojex dans le Lexiqmm deim langue dé Corneille, tome I, p. 367 et 368, la note instmctire de M. Ifarty- Lareaux.
a. Vojex, sur la Cérémonie torqne, la Notice^ d-detsus, p. ai et sairantes; et rojex ci-après, p. 184-193, comment cet intermède a été complété, trèsrraisemblablement d*après des copies primitires, dans Tédition de i68a, qoe reproduit, à quelques modifications près, Péditenr de I734> On peut voir à V Appendice (i>. a3o et suirantes) en quoi, pour la prose, le lirret de 1670 et la Ballet des ballets de 1671, ici tout semblables entre eux, diffèrent de réditien originale, qoe nous suirons dans la Cérémonie comme dans tout le reste de la pièce; pour les rers, ces trois textes n*ont qoe d*insignifiantes différeBces.
3. II a été dit à la Notice (p. 34) qoe c*est Lnlli qui se diargea de représenter, à la cour, le personnage du Mufti; sans compter sa musique, qui dut tant contribuer au succès, il arait eu sans doute plus de part encore qa*è Tordinaire aux inrentions chorégraphiques et autres, aux lazû de ce divertiaseuient turque^que, lui qui en 1660 (on Ta également ru à la Jfotiea^ p. 11) en arait imaginé et fait réussir un analogue. Quant à aon jeu, roicâ ce qee nous en apprend un auteur fort bien au courant de tout ce qui coneense Loltt, Fresneuse Ql** partie, p. 207, dans un passage déjà indiipié, p. a5, notes, de la Notice) : ■ II chnnta lui-mAme le personnage du Mufti, qnll exéentoit à merreilles. Toute Ka riracité, tout le talent naturel qu'il aroit pour dédamer ae déployèrent là; et, qnoiqu^il n*eAt qu'un filet de roix^ et qsM ee r61e paroisse fort et pénible, il renoit à bout de le remplir au gré de tont la monde. Le Aoi, qu*il dirertit extrêmement, lui en fit des compUoMatfs. » B sut dans cette occasion sans doute soutenir et animer les danseurs aoa mona que les chanteurs. « Lulli, dit encore Fresneuse (p. aaS), se méloît de la danse presque autant que du reste.... // eut presque autant de part anx baU lets des opéra.... que Beaurhamp. Il réformoit les entrées, imagiaoit de* pas d'expression et qui conrinssent an sujet ; et, quand il en étmt besoin, il le
* Anoblir, dit 1* Académie, ^est « faire un homme noble. « EmmoMir, f?mlL « rendre plus considérable, plus noble, plus illustre. »
* Fresneuse a constaté plus haut que ce peu de roix était une basse x ymtt ci-dessus, la fin de la note 5 de la page 162.
ciens^ et autres joueurs d'instruments à la turque*, sont les acteurs de cette cérémonie.
Le Mufti iuToque Mahomet arec les douze Turcs et les quatre Denris ; après on lui amène le Bourgeois, rètu à la turque, sans turban et sans sabre, auquel il chante ces paroles :
LB MUFTI
Se ti sabir* f Ti respondir;
mettoit à danMr d«mt tes dnuenrB, poor lenr foire comprendre plat tAt tes idées, n n^aToit pourtant point appris, et il ne danaoit qn*ainsi de caprice et par hasard ; mais Thabitude de Toir des danses et un talent extraordinaire poor toat ce qm appartient aux spectacles le foisoient danser, sinon avec une grande politesse, an moins aree one riradté très-agréable. » •— On Toit dans le compte des dépenses réglées è la cour, après les représentations de la comédie-ballet données en octobre et norembre 1670, qae Lnlli partagea STCC Mlle Hilaire (elle était tante de sa femme et il lai donnait an rôle principal dans presque tous les ballets) la somme de 900 lirres qui fut allouée c pour leurs habits. » (Page 363 de Molièrt €t la Comédie italienne de M. Moland.)
I . « Douze Turcs musiciens, • dans la partition Philidor. Ce premier aUnèa du sommaire de la Cérémonie est d'ailleurs le seul qu'elle reproduise. Le copiste n'a accompagné les paroles de cet intermède, qui chez lui sont, en général, lesjnémes que eèDes de l'édition de 1682, que des quelques indications relerées plus loin, p. 184* note 5, p. i85, note 4, et p. 190, note a.
a. La Partition n'indique pas ces instrumenta; la banda (grosse caisse, cymbales, triangle) en était certainement.
3. La langue grotesque qu'on parle dans eette Cérémonie, dit M. Jnles Guillemot (è la fin de la ReTue dramatique publiée par le Journal de Paris^ le 3o juin 1873), n'est pas moins Traie que les patois de nos prorinces employés par Molière dans qudqnes-unes de ses pièces ; « Pour s'en conrainere, il snf> fit de faire le royage, aujourdliui très-facile, de Marseille è Alger. Dans ce coin de TOrient, comme sur tout le littoral de la Méditerranée, on parle une langue qui n'est que le turc de Molière. La première fois qu'on entend les Arabes tous apostropher dans ce langage pittoresque : Si ti sahir, ti respondir/ on se tâte pour Toir si Pon n'est pas snr le plancher dn Théâtre- Français. J'aroue qu'ayant une pareille épreure, j'avais cru le tare du Botu^ gêoie gentilhomme une pure fontaisie du maître CMnique *. Point du tout. Ce piquant baragouin, composé d'arabe, de turc, de maltais, de firançats, d'italien, d'espagnol, est le langage de transaction adopté dans les rapports entre Orientaux et Occidentaux. Molière.... en a su faire son profit*. 9
• Nous indiouons, d'après M. Barbier de Meynard, o& ee tore n'est pas de pure fontaisie f ci-dessus, p. 171, notes i et a, et ci-après, p. i83 et lâ4}«
* M. J. Guillemot ajoute et Uttré a consuté dans le Smpplémeni de son Dictionnaire que le rerbe inrariabie, l'infiaitif sahir^ placé ici au début de la Cérémonie, est d'un emploi si fréquent dans ce parler cooporite, que ie saèir,
i8o LB BOURGEOIS GENTILHOMME.
Se non ' sabir ^ Taziry tazir.
Mi star Mufii :
Ti qui star ti?
Non intendir :
Tazir y tazir ^.
Le Mufti demande, en même langue, aux Turcs auistants de quelle religion est le Bourgeois, et ils l'assurent qu*il est mahomëtan. Le Mufti inroque Mahomet en langue firanqae*, et chante les paroles qui suirent :
LE MUFTI
Mahametta* per Giourdina Mi pregar sera é mattina :
Voler far un Paladina Dé Giourdina j dé Giourdina.
Dar turbantaj é dar^ scarcina*, Con galera é briganiina^ Per deffender Palestina*.
Mahamettay etc.''.
I . Voici la traduction, pent-étre un peu superflue, de ces paroles firsaques. « Si toi sarotr, toi répondre ; si non savoir, te taire, te taire. Moi être Mnfti : toi, qui être, toi? (Toi) pas entendre (comprendre) : te taire, te taire. •
a. Dans la partie de prose non répétée ei-dessoos, à VAppemdUe^ le livict de 1670 et le BmUet des balleU n*ont que cette seule Tiiiianta : /rmmekt^