ACTE I, SCENE II
MONSIEUR JOURDAIN
Cela est vrai.
MAÎTRE DE MUSIQUE
Et si tous les hommes apprenoient la musique, ne seroit-cc pas le moyen de s'accorder ensemble, et de voir dans le monde la paix universelle ?
MONSIEUR JOURDAIN
Vous avez raison.
MAITRE A DANSER
Lorsqu'un homme a commis un manquement dans sa conduite, soit aux affaires de sa famille, ou au gouvernement d*un État, ou au commandement d*une armée, ne dit-on pas toujours : « Un tel a fait un mauvais pas^ dans une telle affaire >> ?
MONSIEUR JOURDAIN
Oui, on dit cela.
MAÎTRE A DANSER
Et faire un mauvais pas peut-il procéder d*autre chose que de ne savoir pas danser*?
I. D*ordiiiaire aajoardliai oa empioie /aux pas daos ce tent figuré, et par mauvais pas oo entend on endroit, un iMiatage difficile ou dangereux. Hait, pour le Mattre h danaer, mauvais semble ici plut juste que ne wenàxftuues ce sont, non dea (aux pas, mais de mauraia paa, des pas irréguUert ou manques, dont il a sans cesae à reprendre ses écoliert. Le Sage, rite par Littrè, a dit aree la m^e intention que Molière : « Le troisième {prisomnier Ml) nn mattre h danser qui.... a bit faire un maurais pas à une de ses écolières. » (Le DiahU boiteux^ chapitre Tn, édition de 1726, tome 1, p. 166.)
a. On pourrait être tenté de croire que I*i<iée de ce dialogue ai gai a pu venir i Molière k la lecture de certains intitulés de chapitre inaéréa dana le dernier traité, tle COtilité de VRarmome^ qui sort de conclusion à Timmense ouvrage du P. Mersenne sur la musique, appelé du titre général d*Haniumia mmiverselU (i636]; voici les plus cnrienx : c Irt propositûm. Il n*y • quasi nul art, nulle acience ou profession, à qui l'harmonie et les livraa piécédents ne pniaaent scrrir. — Proposiiicm II. Montrer les utilités que les prédicateort et les autres orateurs peuvent tirer des Traités de rharmonie et des mathématiquet. — Pnpo*itiom IF. Expliquer en quoi rharmonie pent sarrir i la vie spirituelle, à Foraiaon et à la eontemplation. — Proposition FI, Expliquer les utilités de ThaimMiie ponr les ingénieurs, pour la milice, ponr les canons et ponr les gens de gnerre.... — Proposition IX. Dèmoatnr qo«
MOlfSIBUR JOUKDAm.
Cela est vrai, vous avez^ raison tous deux.
MAITRE A DANSER
(Test pour vous faire voir Texcellence et Futilité de la danse et de la musique'.
Ict roU et tootet les ploi gmndOT paûsaiieafl de la terre peuvent tirer de l'ati litè de not traités harmoniqaes, où Ton roit plusîeurt remarques des sons et des échos (eelles-ei abomtissemtf en tjfety à un projet vraiment politique de télégraphe sonore). — - Proponticn X. Expliquer Tatilité de rharmonie dans la aaorale et dans la politiqae. — Corollaire en £BTear des jvges et des aToeats. » ~~ Agrippa d'Aobigné, dans les Avenimrt» du harou de Fmnette^ a traei comme une csqstisse, et assez Tire déjà, de cette partie de la scène; cW anK ckapîtres lax et jLxn du Uirre lU (édition Mériosée, p. i^Q-ao^), où Ton Toit qne le baron de Calopse « mit en peine la compagnie de dire leor aTis.... pourquoi l'État alloit mal et du remède qui s*y pourroittrooTer.... Un baladin nommé Fsucheri, qui n*étoit pas assb arec les sntres, vint dire par-dessns les épaules comme il aroit lu en Bodin que les royaumes se ruinoient faute de Is dsnse, et pour cela il ne rouloit plus montrer qu*k pistole (çk'ov prix d*une pistole par leçon), et qu*eafin la France le perdroit {si êtU ne rhonoroit et pajroit à sa valeur). Ce propos fut rejeté pouree qn*il n*j aroit li personne pour les caprioles. » Quand vint le tour de Maître Ger- ▼als, « ee bonhomme maintint que Tunivers se détruisoit k fiiute de grammaire ; car cette grammait««, qui rient de grandis mater ^ tiendroit tons ans entants en paix, sUls faisoient d'elle Tétat quMs doirent. C'est par elle que nons nous entendons les uns les autres. Faute de grammaire bit que nous ne MOUS entendons pas ; fiinte de ^entendre amène les dissensions, les guerres, la mine da paya : erga lime de grammaire raine le pays. »