‹ Œuvres de MolièreChapitre 33 sur 541 · ACTE I, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IL

MAÎTaB DE MUSIQUE.

Le plus joli du monde.

MAÎTRE ▲ DANSER

Et VOUS le chantez bien.

MONSIEUR JOURDAIN

C'est sans avoir appris la musique.

MAÎTRE DE MUSIQUE

Vous devriez l'apprendre, Monsieur, comme vous faites la danse. Ce sont deux arts qui ont une étroite Maison ensemble.

Et qui ouvrent l'esprit d'un homme aux belles choses.

MONSIEUR JOURDAIN

Est-ce que les gens de qualité apprennent aussi la musique ?

MAÎTRE DE MUSIQUE

Oui, Monsieur.

MONSIEUR JOURDAIN

Je l'apprendrai donc. Mais je ne sais quel temps je pourrai prendre ; car, outre le Maître d'armes qui me montre, j'ai arrêté encore un Maître de philosophie*, qui doit commencer ce matin.

MAÎTRE DE MUSIQUE

La philosophie est quelque chose; mais la musique, Monsieur, la musique....

MAÎTRE A DANSER

La musique et la danse.... La musique et la danse, c^est là tout ce qui\ faut.

MAÎTRE DE MUSIQUE

Il n'y a rien qui soit si utile dans un État que la musique.

de Taete III), oa lit ee dieton, qui probtbfeoMiit rappeHe quelque vieux refireia plus frêne et plot naturel que eeloi qui plalt à M. Jourdain : « Ta et ploi Ciroache que n*eat la bielie au bois. »

I. On lent towbitn respreaaàon doit tembler jatte h M. Joordaia : « jirré'

Il D'y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la danse.

MAÎTRE DE MUSIQUE

Sans la musique, un Etat ne peut subsister ^

MAÎTRE A DANSER

Sans la danse, un homme ne sauroit rien faire.

MAÎTRE DE MUSIQUE

Tous les désordres, toutes les guerres qu'on voit dans le monde, n'arrivent que pour n'apprendre pas la musique.

MAÎTRE A DANSER

Tous les malheurs des hommes, tous les revers funestes dont les histoires sont remplies, les bévues des politiques, et les manquements* des grands capitaines, tout cela n'est venu que faute de savoir danser.

MONSIEUR JOURDAIN

Comment cela ?

biaître de musique.

La guerre ne vient-elle pas d*un manque d*union entre les hommes?'

ter,.., se dit aussi d*an domestique qu*OB retient à son service. Arrêter um laquai*, une tervante. Arrêter un valet de chambre. Arrêter un cuisinier^ une cuisinière, » {Dictionnaire de P Académie.)

I. Castil-Blaxe rappelle ici ce passage de la République de Platon (livre lY, tome IX, p. aoa, de la traduction Cousin) : « Qu*on j prenne garde, dit Socrate : innover en musique, c*est tout compromettre ;. car, comme dit Damon, et je suis en cela de ton avis, on ne «aurait toudier aux règles de la musique sans ébranler en même temps les lois fondamentales de TÉtat.... Il faut donc faire de la musique, à ce quMl semble, comme la citadelle de l'État. » Voyez, dans la note a de la page 58, les considérants des lettres patentes de Charles IX.

a. Les bérues des politiques, les manquements. (1780, 34.) — Le mot manquement, qui revient un peu plus loin avec ce sens absolu, est défini par TAcadémie (1694) : « Faute légère, faute d*omission que commet quelqa*ii]i en manquant de faire ce qu*il doit. » Nous avons tu, au vers ia43 de PÉcoie de* Jemmet (tome lU, p. 246), Texpression manquement de foi, que donne aussi PAcadémie, et, à la i'* scène de Plmpromptm de Versailles (tome III» p. 39U), manqmêmemt de mémoire.

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