‹ Œuvres de MolièreChapitre 480 sur 541 · Mémoire*^ édition In-f a, tome XfX, p · texte numérisé non relu

Mémoire*^ édition In-f a, tome XfX, p

5. Correspondance traduite par M. G. Bronet, tome I, p. 33 (année 1698).

536 LA COMTESSE D'ESGARBAGNAS.

gant, de grotesque, ai Von veut, non-senlement ne doit pas 6tre antidate, mais n'a jamais permis de kii trouver aucune ressemblance avec cette comtesse d'Escarbagnas dont le grotesque est d'un tout autre caractère, et à laquelle rien ne dit que notre auteur ait fait donner par l'interprète du rôle la disgracieuse tournure, à laquelle on semble avoir songe, d'une sorte de Pourceaugnac féminin.

Au surplus, Molière, quand il écrivit sa pièce, n'avait pas encore vu la princesse à qui l'on voudrait qu'il eût prêté, par allusion, quelques-unes des étranges façons d'une sotte provinciale. Ce n'est pas elle qui se serait mis en tète une pareille vision d'allusion insolente. Aimant passionnément la comédie, elle a toujours eu une grande admiration pour le rare génie auquel elle avait dû son premier amusement dans notre pays.

Après les mascarades el les comédies de janvier 167a, où Molière n'avait pas eu part, le Roi le fit revenir à Saint-Germain avec ses comédiens. Ils y arrivèrent, au témoignage de la Grange, le mardi 9 février ; le retour de la Troupe à Parts eut lieu le vendredi a6. Le Registre constate qu'elle donna le ballet et la Comtesse d* Escarbagnas ; et la Gazette en fait connaître, en ce temps, trois représentations: une le 10 février^, une le 14, une le 17*; Robinet f>arle aussi de ces représentations dans sa Lettre en t^ers du ao février 167 a :

Depuis quinze jours on redanse En la royale résidence Ce ballet, fait non sans grands frais, Nommé le Baliet des ballets^

Une pompeuse rapsodie.

Au reste, Molière Tunique, Molière, lequel fait la nique Par son comique à tous auteurs, Y joue, arec tous les acteurs Qui composent sa compagnie, Une pièce de son génie, Qui, pleine de gais agréments,

I. Gazette à\x i3 férricr 1672, p. 167. a. Gazette du ao février 167a, p. 191.

Fait des tutdiu pompeux tngnitnu

Toute k liaison et Tâme,

Je TOUS assure, en belle gamme.

Il ne faat pas entendre que Molière eât un rôle dans la Comtesse d^Escarboffuis. Cette pièce n*en avait aucun qui pût loi convenir. Loin qu'elle demandât le concours de toute sa troupe, ni lui-même, ni Mlle Molière, ni Baron n'y paraissaient.

Voici, d'après le Livre^ les noms des acteurs de la comédie :

La ViGOHTB le sieur de la Grange.

La Comtbssb Mlle Marotte.

La SiJiTAiiTB Mlle Bonneau.

La PEUT Coirra le sieur Gaudon.

La PaâcBPTBum ou petit Comte. le sieur de Beaural.

Le Laquais Finet.

La Maaquise [Juliè\ Mlle de BeauTal.

Le Cohseillbr le sieur Hubert.

Le Receyeub des tailles le sieur du Croisjr.

Le Laquais du Cohseilleb... Boulonnois.

A l'exemple de l'auteur du Livret, Robinet, lorsqu'il parlait de l'ouvrage de Molière, de la pièce de son génie^ ne distinguait pas de la comédie proprement dite la Pastorale^ où Molière faisait le rAle d'un premier Paire et celui d'un Ture^ Mlle Molière deux rôles aussi : la Bergère en homme ^ la Ber^ gère en femme; où Mlle de Brie était la Nymphe^ Baron V Amant berger^ la Tborillièrc le second Pâtre, Si, à la suite des vers de la Lettre du 20 février, qui viennent d'être cités, nous lisons ceux-ci :

Mais j^ai mal dît, mes chers lecteurs, Disant qu*arec tous les acteurs Qui composent sa compagnie, Il jouoit a sa comédie,

nous ne pouvons nous tromper sur le sens de la correction : Robinet nous explique qu'il s'agit seulement de l'abandon mo • mentané, qu'une triste circonstance avait imposé à Molière, de son double rôle dans la Pastorale. Madeleine Béjard était morte le 17 février 1672*, le jour même de la dernière des

I. M. Liret, dans les notes des Imtrigmêt de Molière et cêllêsdêM

538 LA COMTESSE D'ESGAHBAGNAS.

représentations à la cour de la comMie de MoBère. Celoi-d, rappelé près de sa belle-mère mourante, était retourne à Paris avant ses camarades.

Bret a prétendu que le rôle de Mme d'EscarlMgnas était un de ceux que Molière avait faits exprès pour Hubert,« exceUent pour ces sortes de travestissements^ », Il lui a semblé qu'il y avait là une petite excuse (elle serait très-insufifisante) de Tindécence de la Comtesse, lorsque, se récriant sur le latin de Despautère, c'est elle qui fait t ordure^ comme la Climène de la Critique de l* École des femmes^.

Quelques interprètes du rôle de Mme d'Escarbagnas^ croyant aussi que Molière l'avait confié à un homme, en ont conclu qu'il fallait le jouer en charge, pour suivre la tradition établie par luinoième. Il est certain cependant qu'il l'avait fait jouer à Saint-Germain par une jeune femme, par celle à qui l'on donnait le nom de Marotte * ; et l'on a vu que, dans la première distribution, c'était le rôle du Conseiller Tibaudier qui avait été rempli par Hubert.

U n'est sans doute pas impossible que celui-ci ait plus tard &it le personnage de la Comtesse, soit dès le temps où la pièce commença d'être représentée à la ville (ce qui seul marquerait, jusqu'à un certain point, ce que l'auteur permettait que l'on mît de caricature dans l'interprétation du rôle), soit dans les années qui suivirent la mort de Molière, c'est-à-dire depuis 1673 jusqu'à Pâques i685, époque où André Hubert prit sa retraite. Nous n'avons cependant trouvé aucune preuve de ce petit fait, et il ne suffît pas d'alléguer une tradition, qui ne paraît pas remonter très-haut.

femme ^ ou la Fameuse comédienne^ p. i5o, dît le 3o noTembre 1671. Il f^est trompé, ce qui lui arrive très-rarement. Le Registre de la Grange annonce ainsi la mort de la belle-mère de Molière : c Le 17 février de la présente année, Mlle Béjard est morte, pendant que la troupe était à Saint-Germain, pour le ballet du Roi, où on joua la Comtesse d Escarhagnas , »

a. Scène m, tome III, p. 3a5.

3. Marie Ragueneau de TEstang, qui épousa le comédien Varie t de la Grange le a 5 avril 167 a : voyez ci-dessus, à la Notice de Ptjrehé, p. aôo.

Le 8 juillet 167a, la Comtesse d'JSscarbagnas fîit jouée, comme pièce nomdle^ au Palais-Royal, avec le Mariage forcé*. On ne peut pas douter que la petite comédie de 1664, accompagnée de son ballet, n'eût été choisie pour tenir lieu des divertissements trop coûteux du théâtre de la cour, et ne fût devenue la pièce dont les personnages de la Comtesse d* Escarbagnas étaient censés être spectateurs. Il faut remarquer que, dans les treize représentations qui suivirent jusqu'au dimanche 7 août inclusivement, le Mariage forcé fut constamment inséparable de notre comédie. La musique du balleC n'était plus celle de Lulli : « Le Mariage forcé ^ dit le Registre de la Grange, qui a été joué avec la Comtesse d* Escarbmgnas^ a été accompagné d'ornements dont M. Charpentier a fait la musique et M. de Beauchamps les ballets, M. Baraillon les habits; et M. de Villiers avoit emploi dans la musique des intermèdes. »

Après le 7 août 167a, /is Comtesse d^Éscarbagnas ne fut reprise qu'au mois d'octobre suivant, et n'eut plus que quatre représentations, du vivant de Molière, où Ton en compte, en tout, dix-huit à la ville. Les quatre dernières, il faut le remarquer, ne furent pas accompagnées, comme les précédentes, du Mariage forcé^ :

Vendredi 7 [octobre] 1672, Escarbagnas et Médecins.

Dimanche g^idem et idem*.

Vendredi 4 novembre, Escarbagnas et le Fin lourdaud.

Dimanche 6, itlem.

Les Médecins^ autrement dit V Amour médecin^ étant une comédie-ballet, s'adaptaient aussi bien que le Mariage forcé à la Comtesse d' Escarbagnas ^ et permettaient également d'y introduire des intermèdes de chants et de danses. On ne sait plus ce qu'était le Fin lourdaud; mais il est à présumer qu'il se prêtait à des divertissements^.

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