‹ Œuvres de MolièreChapitre 482 sur 541 · Nous avons parié du fim Umdmmd au tome VII, p. 6 et 7, oà · texte numérisé non relu

Nous avons parié du fim Umdmmd au tome VII, p. 6 et 7, oà

54o LA COMTESSE D'ESGARBAGNAS.

Le a8 février 1678, onze jours après la mort de Molière, la Confesse d* Escarbagnas fut reprësentëe avec les Fâcheux. estait encore une de ces pièces qui avaient leur ballet, et, oomme on disait, leurs agréments. Mais lorsque nous voyons, en cette même année 1673, un spectacle compose de la Com^ Usse d*£scarbagnas et de tÀPore (26 septembre), puis V École des maris remplaçant l'Avare à côte de notre pièce (9 et 3i octobre), nous trouverions bien di£Bcile de croire que ces comédies fussent données comme le divertissement préparé par le Vicomte. On conjecturerait plutôt qu alors ce divertissement était indiqué simplement par un peu de musique, qui en simulait le prélude.

(^oique la ville n'eût jamais pu avoir qu'une réduction du brillant spectacle donné à la cour dans l'hiver de 1671- 1672, on voit que la Comtesse d* Escarbagnas y fut, dans les premiers temps, jouée assez souvent ; ' ajoutons que le succès de cette pièce se prolongea fort au delà des années dont nous avons jusqu'ici parlé. C'est qu'elle a de quoi plaire et à ceux qui ne demandent qu'à être amusés et aux fins connaisseurs. Boileau en reconnaissait le prix; nous l'apprenons de Brossette, dont nous ne voyons aucune raison de récuser sur ce point le souvenir : « M. Despréaux, dit-il^, estime beaucoup la plupart des petites pièces de Molière, surtout sa Critique de V École des femmes. Il m'a cité aussi la Comtesse d'Escarba^ gnas, 3» Les deux « petites pièces » nommées par Brossette ne sont pas de celles où Ton n'a souvent voulu voir que des farces, et qui chagrinaient Boileau : ce sont, Tune et l'autre, de légers croquis auxquels il ne manque que des développements et plus d'action, pour être de vraies comédies. Aussi bien que la Critique de V École des femmes^ la Comtesse d'Escar^ bagnas doit être ainsi jugée et classée. La Harpe rend justice à

il a été dit qu*on avait pu être tenté d'attribuer cette petite pièce à Molière, mais qu*il n*y avait pas d'apparence que cette attribution fût fondée. U y a peut-être à tenir compte cependant de cette circonstance que roici le Fin lourdaud encadré, à ce qu*il semble, dans la Comtesse d* Escarbagnas ^ honneur qui jusque-^là n*aTait ëté fait qu*à une petite pièce œuvre de Molière.

I . Mémoires de Brossette sur Boileau Despréaux^ dans la Correspond dmncê entre Boileau et /^roMef/e, publiée par M. A. Laverdet, p. 5x7.

lâ yénté de li pemtare dans le caractère de la G>mtes8e, principal personnage de la pièce : a Ne reprësente-t-e]le pas an naturel, dit-il, cette manie provinciale de contrefaire gauchement le ton et les manières de la capitale et de la cour ' ? » Ce travers, dont Molière avait été frappe au temps des përëgrina* tîons de sa troupe, il l'avait dëjè raille chez les deux « peoqnes provinciales » de ses Précieuses ridicules; mais là son principal objet ëtait TafiTectation du bel esprit et l'imitation du jargon de quelques nielles fameuses. La Comtesse prend aussi pour une fidèle copie du bon ton ce qui n'en est que la caricature ; mais elle est un tout autre type d'extravagante : entêta de la qualitë, un court voyage qu'elle a fait à Paris, achevant sa sottise, lui a laisse la confiance d'avoir rapporté dans sa province les belles manières du grand monde. Ce que la Harpe aurait àù ajouter, c'est qu*à côte de cette folle, dont la physionomie est marquée de traits aussi caractéristiques que plaisants, il y a des figures accessoires, plus nouvelles encore dans l'ouvre de Molière, et qui jusque-là manquaient à sa galerie d'immortels portraits : nous entendons surtout celles qui y font, pour la première fois, entrer la robe et la finance, le Conseiller Tibaudier et Harpin, le Receveur des tailles. Auger, dans sa judicieuse et fine. Noticej vante avec raison la force comique de ces deux caractères : « L'un, dit-il ', robm pédant, galant et fade, mêle, dans ses billets doux, les expressions du Digeste à celles de VAstrée; ii sent Ténorme distance qui sépare un homme de robe de la veuve d'un homme d'épée.... L'autre, M. Harpin, brusque, bourru, dur, ainsi qu'il convient à un homme de finance, n'a pas pour la naissance le même respect que son doucereux rival, et, comme s'il était de notre siècle, pense que l'or se met au niveau de tout, si même il ne s'élève au-dessus. » Il fallait, dans une pièce si courte, se contenter de quelques coups de crayon : ils ont suffi pour donner une vérité vivante au personnage de Harpin, et pour faire ressortir, en traits frappants, le ridicule d'une classe qui avait échappé jusque-là à la raillerie de Molière. Chamfort avait oublié notre comédie, lorsqu'il a écrit : « Cest une chose remarquable que Molière, qui n'épargnait

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