‹ Œuvres de MolièreChapitre 531 sur 541 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LA COMTBSSB.

Quand on a des chagrins jaloux, on n*en use point de la sorte ) et Ton vient doucement se plaindre à la personne que Ton aime.

MONSIEUR HÀRPIIf.

Moi, me. plaindre doucement?

LA COMTBSSB.

Oui. L'on ne vient point crier de dessus un théâtre ce qui se doit dire en particulier.

MONSIEUR HARPIN.

J'y viens moi, morbleu! tout exprès, c'est le lieu qu'il me faut, et je souhaiterois que ce fût un théâtre public, pour vous dire avec plus d'éclat toutes vos vérités.

LA COMTESSE

Faut-il faire un si grand vacarme pour une comédie que Monsieur le Vicomte me donne ? Vous voyez que Monsieur Tibaudier, qui m'aime, en use plus respectueusement que vous.

MONSIEUR HARPIN.

Monsieur Tibaudier en use comme il lui plaît, je ne sais pas de quelle façon Monsieur Tibaudier a été avec vous, mais Monsieur Tibaudier n'est pas un exemple pour moi, et je ne suis point d'humeur à payer les violons pour faire danser les autres.

LA COMTESSE

Mais vraiment, Monsieur le Receveur, vous ne songez pas à ce que vous dites : on ne traite point de la sorte les femmes de qualité, et ceux qui vous entendent croiroient qu*il y a quelque chose d'étrange entre vous et moi.

MONSIEUR HARPIN.

Hé ventrebieu! Madame, quittons la faribole.

LA COMTESSE

Que voulez- vous donc dire, avec votre « quittons la faribole »?

MoLiàas« Tin 38

$94 LA COMTESSE D'ESGARBAGNAS.

MONSIEUR BàRPIM.

Je veux dire que je ne trouve point étrange que vous vous rendiez au mérite de Monsieur le Vicomte : vous n'êtes pas la première femme qui joue dans le monde de ces sortes de caractères, et qui ait auprès d'elle un Monsieur le Receveur, dont on lui voit trahir et la passion et la bourse ^ pour le premier venu qui lui donnera dans la vue; mais ne trouvez point étrange aussi que je ne sois point la dupe d'une infidélité si ordinaire aux coquettes du temps, et que je vienne vous assurer devant bonne compagnie que je romps commerce avec vous, et que Monsieur le Receveur ne sera plus pour vous Monsieur le Donneur.

LA COMTESSE

Cela est merveilleux, comme les amants emportés deviennent à la mode, on ne voit autre chose de tous côtés. La, la*. Monsieur le Receveur, quittez votre colère, et venez prendre place pour voir la comédie.

MONSIEUR HÀRPIN.

Moi, morbleu! prendre place! cherchez' vos benêts à vos pieds. Je vous laisse. Madame la Comtesse, à Monsieur le Vicomte, et ce sera à lui que j'envoyerai tantôt vos lettres. Voilà ma scène faite, voilà mon rôle joué. Serviteur à la compagnie.

MONSIEUR TIBÀUDIER.

Monsieur le Receveur, nous nous verrons autre part qu'ici; et je vous ferai voir que je suis au poil et à la plume *.

I . Trahir la passion est une expression ttiat ordinaire ; mais cette autre expression quelle amène et prépare, trahir la bourse^ est d*iuie énergie et d'une eoncision bien remarquables.... [NoU tP Juger,)

a. Sur la manière d'écrire ces syllabes auxquelles un ton d'apaisement donne leur valeur, royez tome VI, p. 363 et note a, p. 53o. Dans toutes les anciennes éditions elles sont ici marquées d'un accent grave.

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