ACTE II, SCÈNE IV
consonnes parce qu'elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des voix, n y a cinq voyelles ou voix : A, E, I, O, U.
MONSIEUR JOURDAIN
J'entends tout cela.
La voix A se forme en ouvrant fort la bouche : Â.
MONSIEUR JOURDAIN
A, A. Oui.
MAITRE DE PHILOSOPHIE
La voix E se forme en rapprochant la mâchoire d*en bas de celle d^en haut* : A, E.
MONSIEUR JOURDAIN
A, E, A, E. Ma foi ! oui. Ah ! que cela est beau !
MAITRE DE PHILOSOPHIE
Et la voix I en rapprochant encore davantage les mâchoires Tune de Tautre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles : A, E, I.
MONSIEUR JOURDAIN
A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science !
MAITRE DE PHILOSOPHIE
La voix O se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas : O.
MONSIEUR JOURDAIN
o, o. Il n*y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable ! I, O, I, O.
MAITRE DE PHILOSOPHIE
L'ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O*.
I. Ici et p. 93 et 107, êmbmst ênkaut^ en on mot, dans toutes noe'Mitioas; dans eelle de 17 18, il 7 a oaion encore plue étroite, emba*<, eomme dans la citation de Cordemoy (note de la page 88, ligne 6).
n. Aimé-Martin a releré dans nn Tiens livre, publié dés b fin jdo qste* même siècle, et où il est antsi parlé de la formation des voix et artscnbtions, une remarque toute semblable à celle que fait ici le Mettre de philosopbie 1 O roiumdiof spiritm eomparmtur,/orma..,, pêr Sê /tatêt mêc dêclarmiioitê imii'
MONSIEUR JOURDAIN
O, O, O. Vous avez raison, O. Âh ! la belle chose, que de savoir quelque chose !
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
La voix U se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les approchant aussi Tune de Tautre sans les joindre * tout à fait : U.
MONSIEUR JOURDAIN
u, u. Il n'y a rien de plus véritable : U.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
Vos deux lèvres s'allongent comme si vous faisiez la moue : d'où vient que si vous la voulez faire à quelqu'un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que : U*.
MONSIEUR JOURDAIN
U, U. Cela est vrai. Ah ! que n'ai-je étudié plus t6t, pour savoir tout cela ?
gtt, « Le ton de Vo est produit par nn moaTement arrondi de b bouche : on le lit sur let lèrres qui le prononcent » (traduction d'Aimé-lfartin, fort libre, mais rendant ingénieusement le dernier membre). Voyes an livre II du traita de Homine exiêriarê §t inieriore de Galeotns (Mardo Galeotti, profiMsaur k Bologne, qui mourut à Lyon en 1494), édition de Turin, i5i7« 1* xxxm v*. I. Sans les rejoindre. (1682, 97, 17 10, 18, 3o, 33, 34.) a. Sur ce mourement des lèrres, que l*v noot fait cependant beaueonp moins allonger qn*à ceux, quand ib Teidmt le prononcer, qui, eomme les Italiens, n*ont point ce son dans lenr langue, Aimé-Martin cite une amosante boutade d*4.1fieri : « Je n'arais pas laissé de purger ma proAoïiciation de notre horrible u lombard ou français, qui m*aTait toujours grandement dépln pour sa maigre articulation et pour cette petite moue • que font les lèrrea en le prononçant, ce qui les fait terriblement ressembler alors à la grimaee ridicule des singes lorsqu'ils reulent parler. Et maintenant encore, quoiiiM, depuis cinq ou six ans que je suis en France, j*aie les oreilles assea remplies et rebattues de cet m, il ne manque jamais de me foire rire chaque foia que j*y prends garde, surtout lorsqu'au théâtre, où l'on déclame, et mèoM dana Ws salons, où l'on ne déclame guère moins, ces petites lénes coatraetéea, qù ont toujours l'air de souffler sur un poUge bouillant, laissent entre antrea échapper le mot Naimre, » (Mémoires ^ chapitre 1*' de la UI* époqoe, 1766, p. 91 et 9a de la traduction d'Antoine de Latonr.)
• Boecueeia, « petit» bouche >.