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façon presque naturelle dont cette farce a été introduite dans sa comédie et le sel que lui donne le caractère de M. Jourdain.
On a pense que l'idée du bon tour joué à une vanité si follement crédule avait pu être prise dans la Fraie histoire co^ mique de Francion^ roman satirique de Charles Sorel, qui fat publié d'abord en i6aa, n'ayant encore que sept livres. Le livre onzième, qui parut une dizaine d'années plus tard, est celui qui contient l'aventure dont Molière aurait fait son profit. De malicieux amis font croire au pédant H<»*tensius qae la Pologne, séduite par la renommée de sa science, l'a chcnsi pour roi. Us déguisent en Polonais quatre Allemands, qui viennent lui offrir la couronne. Nous trouvons là une description des cérémonies comiques de l'ambassade et un certain manteau fourré qui fait penser au turban de M. Jourdain. Peutêtre Molière s'est-il souvenu de Francion^ peut-être n'avonsnous affaire qu'à une rencontre, dont il n*y aurait pas lieu de s'étonner. De telles mystifications ont pu être imaginées plus d'une fois. L'invention n'en est pas d'un mérite assez rare pour donner lieu à une réclamation de droits d'auteur.
Tout le monde ne se résigne pas à prendre simplement pour ce qu'elle est une scène follement gaie de Molière. On pense aux plus irrévérentes hardiesses des bouffonneries de Rabelais et on les cherche dans celles d'un génie qui a toujours paru de la même famille. Et puis le Tartuffe et Dom Juarty exposés à des interprétations excessives, ont porté à croire que leur auteur était très-capable de pousser bien loin ses attaques. Quelques personnes ont donc soupçonné dans la réception du Mamamouchi une intention secrète que les contemporains n'y avaient certainement pas découverte : elle les eût à bon droit scandalisés ; et les ennemis de Molière n'auraient pas manqué de crier à l'impiété, s'ils avaient eu la pensée que l'on pouvait lui imputer une parodie d'autres cérémonies saintes que celles des Turcs. Si délicat qu'il soit de toucher à une pareille question, et quelque répugnance que nous y ayons, il serait fâcheux de laisser d'autres la soulever, et nous ne voulons pas éviter de dire quelques mots de la blessante ressemblance dont nous avons entendu parler entre les rites musulmans, tels qu'ils sont dans le burlesque tableau qu'en a fait Molière, et la consécration de nos évêques. On a remarqué
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que, dans cette cons^ation, le consëcrateur interroge sur sa foi celui qui doit être sacré, qu'il lui place tout ouvert le livre des Évangiles sur les deux épaules, lui remet le bâton pastoral, et lui pose la mitre sur la tète ; que, d'autre part, le Mufti demande à M« Jourdain s'il est anabaptiste, zuingliste, etc., ou s'il n'est pas plutôt bon mahomëtan ; que l'aspirant Mamamouchi, à genoux, reçoit sur son dos l'Alcoran pour servir ainsi de pupitre au Mufti ; que le sabre lui est donné et qu'on le coiffe du turban. U y aurait peut-être à dire que Tinterrogatoire détaillé sur la fit^ de Jourdain et l'Alcoran mis sur les épaules ne se trouvent pas avant l'édition de i68a, et que par conséquent Molière n'en est pas responsable ; mais il est probable que les éditeurs, camarades de Molière, n'ont fait que reproduire les paroles et les jeux de scène qui étaient de tradition ; et d'ailleurs, dans le livre du Ballet et dans les éditions originales de la pièce, il reste encore quelques-uns des points de comparaison qu'on a signalés. Défendons Molière autrement.
Quand on le croirait, et rien n'y autorise, capable d'une si offensante raillerie de la foi chrétienne, il resterait invraisemblable que, travaillant pour le Roi, il n'eût pas au moins craint sa colère. Des explications assez simples se présentent d'ellesmêmes. On peut se demander d'abord si les renseignements sur les cérémonies religieuses des Tiu*cs ne sont pas imputables au seul d'Arvieux ; puis, d'autre part, si en effet l'on doit refuser absolument une physionomie turque à la réception de M. Jourdain. Nous croyons trouver quelques traits de cette cérémonie dans les épreuves du noviciat chez les derviches appelés Mewlewys^ telles qu'elles sont décrites par Mouradjea d'Ohsson, dans son Tableam général de V Empire Oihoman* : a Le chef de cuisine,... l'un des derwischs les plus notables, le présente [le récipiendaire) au Sc/ieikh, qui, assis dans l'angle du sopha, le reçoit au milieu d'une assemblée générale de tous les derwischs du couvent. Le candidat baise la main du chef, et s'assied devant lui sur la natte qui couvre le parquet de la salle. Le chef de cuisine met sa main
I. Au tome IV, seconde partie, p. 6x6-686 de Tëdition iii-8« (Paris, 1791). — Voyez, k la fin de la comédie, Tannotation de la Cérémonie turqae.
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droite sur la nuque, et la main gauche sur le front du rëcipiendaire dans le temps que le Scheïkh lui ôte son bonnet et le tient suspendu sur sa tète en récitant [un] distique persan.. •• Après quoi, le Scheikh couvre la tète du nouveau etenvisch^ qui va se placer, avec VAschdjX'-Baschf^ au milieu de la salle, oà ils se tiennent tous deux dans la posture la plus humble, les mains croisées sur le sein, le pied gauche sous le pied droit et la tète inclinée vers Tépaule gauche^.... » Puis vient l'invocation Hou^ que répètent les assistants. N'est-il pas probable que d'Arvieux avait été témoin de quelque cérémonie semblable, et l'avait racontée, n'oubliant ni les derviches, ni le Houj ni les postures bizarres, ni la natte ou tapis? Le bonnet suspendu sur la tète du récipiendaire, avant d'y être posé, ressemble assez au turban dont on coiffe le Mamamouchi. Ce qui reste de plus inexact (et il n'est pas sûr qu'on dmve l'attribuer à Molière), c'est l'Alcoran mis sur le dos de M. Jourdain. Mais, sans parler de l'habitude, si commune autrefois, de tout franciser et ramener à nos coutumes, ne peut-on penser que ce détail aurait été ajouté, non dans une intention sacrilège, impossible à admettre, mais pour répondre à cette opinion répandue, que la religion des Turcs parodiait ridicu^ lement la nôtre? Une réflexion qu'on ne saurait manquer de faire aujourd'hui, mais qui n'aurait pas été, en ce temps-là, plus facilement comprise à la cour qu'à la ville, c'est qu'il y avait grande inconvenance, peut-être danger, à livrer à la risée les cérémonies d'une religion, même fausse, à faire prononcer le nom d'Allah par des farceurs de mascarade, à se jouer de l'Alcoran. Mais on se disait : le culte mahométan n'est qu'une singerie du culte chrétien, et bafouer la singerie ne peut être une profanation de la vérité.
L'auteur de la musique du Bourgeois gentilhomme^ Lulli, fit, dans la cérémonie, le rôle du Mufti ; une estampe le représente dans le costume qu'il portait *. Le livre du Ballet le désigne sous le nom du Seigneur Chiacheron*. a Personne, est-il