‹ Œuvres de MolièreChapitre 75 sur 541 · ACTE III, SCÈNE III. io · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. io

NICOLE

Madame parle bien. Je ne saurois plus voir mon ménage propre, avec cet attirail de gens que vous faites venir chez vous. Ils ont des pieds qui vont chercher de la boue dans tous les quartiers de la ville, pour rapporter ici ; et la pauvre Françoise est presque sur les dents, à frotter les planchers que vos biaux maîtres viennent crotter régulièrement tous les jours.

MONSIEUR JOURDAIN

Ouais, notre servante Nicole, vous avez le caquet bien affilé pour une paysanne.

MADAME JOURDAIN

Nicole a raison, et son sens est meilleur que le vôtre. Je voudrois bien savoir ce que vous pensez faire d'un maître à danser à Tâge que vous avez.

NICOLE

Et d*un grand maître tireur d*armes, qui vient, avec ses battements de pied, ébranler toute la maison, et nous déraciner tous les carriaux de notre salle ?

MONSIEUR JOURDAIN

Taisez-vous, ma servante, et ma femme.

MADAME JOURDAIN

Est-ce que vous voulez apprendre à danser pour quand vous n'aurez plus de jambes ?

NICOLE

Est-ce que vous avez envie de tuer quelqu'un ?

MONSIEUR JOURDAIN

Taisez-vous, vbus dis-je : vous êtes des ignorantes Tune et Tautre, et vous ne savez pas les prérogatives* de tout cela. * *

I . Il ne paraît paa qoe le mot prérogative fût d'un comman usage, employé comme il l'ett ici, dans le sens à^avantage^ qurnlité ou valeur prééminente, et il est proiMble que M. Jourdain le cboisit ridiculement comme plot releré.

io4 LE BOURGEOIS GENTILHOMME.

MADAME JOUBDAIN.

Vous devriez bien plutôt songer à marier votre fille, qui est en âge d'être pourvue.

MONSIEUR JOURDAIN

Je songerai à marier ma fille quand il se présentera un parti pour elle ; mais je veux songer aussi à apprendre les belles choses.

NICOLE

J'ai encore ouï dire, Madame, qu'il a pris aujourd'hui, pour renfort de potage \ un maître de philosophie.

MONSIEUR JOURDAIN

Fort bien : je veux avoir de l'esprit, et savoir raisonner des choses parmi les honnêtes gens.

MADAME JOURDAIN

N'irez-vous point l'un de ces jours au collège vous faire donner le fouet, à votre âge ?

MONSIEUR JOURDAIN

Pourquoi non ? Plut à Dieu l'avoir tout à l'heure, le fouet, devant tout le monde, et savoir* ce qu'on apprend au collège!

NICOLE

Oui, ma foi ! cela vous rendroit la jambe bien mieux faite.

MONSIEUR JOURDAIN

Sans doute.

I. Cest-à-dire, comme diraient d'aotret que la terrante eninnière, p<wr surcroît^ ou, si Ton veut, par une tout autre figure proverbiale, pomr noms achever de peindre. Il semble que renfort de potag^ pourrait t*appliqiter i tout ce qui en rend le bouillon plus substantiel on J/^ appétissant. Littrê Tentend, tout aussi naturellement au moins, d*un ^MHP^'^'i ^*^^ relevé de potage, de tout plat dont le potage peut être flanqne4^fe> table. Qaoî qu'il en soit, l'etpression employée par Nicole rappelle l*à^l^fts de eelle qae Yalère adresse à Maître Jacques dans la scène u de Pacte III de récure, tome YII, p. i38 : « Savet-Tous.... que tous nVtes, pour tout potage, qa*an faquin de eutsinier? •

3. Heureux équivalent du tour ordinaire, Plat à Dieu q»sj^ teutt»,,; et quejesuisey on du tour sansçue qu*on a vu au vert 447 d*jtmpkitrjron (tome YI, p. 38a) et i la scène v de Tacte III de George Damdim {ibidem, p. 576)1

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