‹ Œuvres de MolièreChapitre 81 sur 541 · ACTE m, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE III

Monsieur le comte dont vous vous êtes embëguiné*.

MONSIEUR JOURDAIN

Paix ! Songez à ce que vous dites. Savez-vous bien, ma femme, que vous ne savez pas de qui vous parlez, quand vous parlez de lui ? Cest une personne d'importance plus que vous ne pensez, un seigneur que Ton considère à la cour, et qui parle au Roi tout comme je vous parle. N'est-ce pas une chose qui m'est tout à fait honorable, que Ton voye venir chez moi si souvent une personne de cette qualité, qui m'appelle son cher ami, et me traite comme si j'étois son égal ? Il a pour moi des bontés qu'on ne devineroit jamais ; et, devant tout le monde, il me fait des caresses dont je suis moi-même confus.

MADAME JOURDAIN

Oui, il a des bontés pour vous, et vous fait des caresses ; mais il vous emprunte votre argent.

MONSIEUR JOURDAIN

Hé bien ! ne m'est-ce pas de l'honneur, de prêter de Targent à un homme de cette condition-là? et puis-je faire moins pour un seigneur qui m'appelle son cher ami?

MADAME JOURDAIN

Et ce seigneur que fait-il pour vous ?

MONSIEUR JOURDAIN

Des choses dont on seroit étonné, si on les savoit.

MADAME JOURDAIN

Et quoi ?

MONSIEUR JOURDAIN

Baste', je ne puis pas m'expliquer. Il suflSt que si je

I. Ce 9jucmjnte d*€mtité, de coiffe we retrooTe k b teine m de Taete III dm Mmlade immgimmirê : c Et^il possible, dit Bénide k Argan, qne Toasteni toujotm caibéfiaé de Toe apothicaires et de tos médeciiis? »

%. Os voit, riea que par les emplois qn*en dit Molière, qoe cette InteijeetioA, qui rappelle bien Ici ton étymologie italienne, hastm, « (il) snffit, • était

iio LE BOURGEOIS GENTILHOMME.

lui ai prêté de Targent, il me le rendra bien, et avant qu*il soit peu.

MADAME JOURDAIX.

Oui, attendez-vous à cela.

MONSIEUR JOURDAIN

Assurément : ne me l'a-t-il pas dit ?

MADAME JOURDAIN

Oui, oui : il ne manquera pas d'y faillira

Il m'a juré sa foi de gentilhomme.

MADAME JOURDAIN

Chansons.

MONSIEUR JOURDAIN

Ouais, VOUS êtes bien obstinée, ma femme. Je tous dis qu'il me tiendra parole', j'en suis sur.

MADAME JOURDAIN

Et moi, je suis sûre que non, et que toutes les caresses qu'il vous fait ne sont que pour vous enjôler.

MONSIEUR JOURDAIN

Taisez- vous : le voici.

MADAME JOURDAIN

Il ne nous faut plus que cela. Il vient peut-être encore vous faire quelque emprunt ; et il me semble que j'ai dîné quand je le vois*.

devenue d*usage courant : le Fagoteux du Médecin maigri lui s*en sert dans le langage familier qu*il parle avec sa femme (tome VI, p. 37); voyes auni VÉlourdiy Ters 2i3 et laôa (tome I, p. 119 et 191).

I. Il ne manquera pas de n*en rien fsire. Faillir à s*eiï dit longtemps pour manquer à.., : « Le roi d'Angleterre, faillant à sa parole..., ne se peat eienter. » (Montaigne, lirre I, chapitre tii, tome I, p. 41.) VoyesTAûforique du mot dans le Dictionnaire de Littré, La phrase de Mme Jotirdaiai parait toute proverbiale, comme beaucoup d*autres qu*elle emploie. D*aprèt le Dictionnaire conûque de le Roux (Amsterdam, 1750], c on dit Je ne nuu^ querai pas d^jr faillir ^ pour dire Je ne ferai rien de ce que tous desires. »

a. Qu*il me tiendra sa parole. (1674, 8a, 94 B, 1734.]

3. Sa vue seule m'éccenre. Cette phrase populaire, comme la nomme l'Aca« demie, se dit en parlant d*un homme fort ennuyeux et fort incommode.

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