CHAPITRE Ht
De l'esprit <T égalité extrême.
Autant que le ciel est éloigné de la terre , autant le véritable esprit d'égalité Fest-il de l'esprit d'égalité extrême. Le premier ne consiste point à faire en sorte que tout le monde commande , ou que personne ne soit commandé , mais à obéir et à commander à ses égaux. 11 ne cherche pas à n'avoir point de maîtres , mais à n'avoir que ses égaux pour maîtres.
Dans l'état de nature , les hommes naissent bien dans l'éga-
(1) Voyez Plut arque > fans les vies de Timoléon et de Dion. — (a) C'est celui des six cents, dont parle Diodore. — (3) Ayant chassé les tyrans , ils firent citoyens deaétrangers et des soldais mercenaires; ce qai cansa des guerres civiles. (Arislole 9 Polit. t liv. V,cliap. III.) Le peuple ayant été cause de la victoire sur les Athéniens, la république fut changée. ( Ibid. , chap. IV.) La passion de denx jeunes magistrats, dont l'un enleva à l'autre un jeune garçon, et celui-ci lui débaucha sa femme, fit changer la forme de cette république. (Ibid., liv. VU, chap. IV.)
lité : mais ils n'y sauraient rester. La société la leur fait perdre , et ils ne redeviennent égaux que par les lois.
Telle est la différence entre la démocratie réglée et celle qui ne l'est pas : que , dans la première , on n'est égal que comme citoyen ; et que , dans l'autre , on est encore égal comme magistrat , comme sénateur , comme juge , comme père , comme mari, comme maître.
La place naturelle de la vertu est auprès de la liberté ; mais elle ne se trouve pas plus auprès de la liberté extrême qu'auprès de la servitude.