‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 128 sur 854 · LIVRE VIII, CHAP. IL · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAP. IL

verser l'état. Plus il paraîtra tirer d'avantages* de sa liberté , plus il s'approchera du moment ou il doit la perdre. Il se. forme de petits tyrans qui ont tons les vices d'un seul. Bientôt ce qui reste de liberté devient insupportable : un seul tyran s'élève; et le peuple perd tout, jusqu'aux avantages de sa corruption.

La démocratie a donc deux excès à éviter : l'esprit d'inégalité, qui la mène à l'aristocratie , ou au gouvernement d'un seul ; et l'esprit d'égalité extrême, qui la conduit au despotisme d'un seul, comme le despotisme d'un seul finit par la conquête.

Il est vrai que ceux qui corrompirent les républiques grecques ne devinrent pas toujours tyrans. C'est qu'ils s'étaient plus attachés à l'éloquence qu'à l'art militaire : outre qu'il y avait dans le cœur de tous les Grecs une haine implacable contre ceux qui renversaient le gouvernement républicain; ce qui fit que l'anarchie dégénéra en anéantissement , au lieu de se changer en tyrannie»

Mais Syracuse , qui se trouva placée au milieu d'un grand nombre de petites oligarchies changées en tyrannies (1); Syracuse , qui avait un sénat (2) dont il n'est presque jamais fait mention dans l'histoire , essuya des malheurs que la corruption ordinaire ne donne pas. Cette ville , toujours dans la licence (3) ou dans l'oppression , également travaillée par sa liberté et par sa servitude , recevant toujours l'une et l'autre comme une tempête , et , malgré sa puissance au dehors , toujours déterminée à une révolution par la plus petite force étrangère, avait dans son sein un peuple immense , qui n'eut jamais que cette cruelle alternative! de se donner un tyran, ou de l'être lui-même.

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