CHAPITRE VL
î)e la constitution d'Angleterre.
Il y a T dans chaque état, trois sortes de pouvoirs : la puissance législative , la puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des gens , et la puissance exécutrice de celles qui dépendent du droit civil »
Par la première , le prince ou le Magistrat fait des lois pour un temps ou pour toujours , et corrige ou abroge celles qui sont faites. Par la seconde , il fait la paix ou la guerre , envoie ou reçoit des ambassades , établit la sûreté , prévient les invasions. Par la troisième > il punit les crimes , ou juge les différends des particuliers. On appellera cette dernière la puissance de juger; et l'autre , simplement la puissance exécutrice de l'état»
La liberté politique dans un citoyen est cette tranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté ; et , pouf
(1) Objet naturel d'an état qui n'a point d'ennemis au dehors , o* qui croit les avoir arrêtés par des barrières.— (a) Inconvénient du Jibtrum veto.
l3o DE L'ESPRIT DES LOIS.
qu'on ait cette liberté , il faut que le gouvernement soit tel , qu'un
citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen.
Lorsque, dans la même personne, ou dans le même corps de magistrature , la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice , il n'y a point de liberté , parce qu'on peut craindre que le même monarque , ou le même sénat , ne fasse des lois tyranniques pour les exécuter tyranniquement.
Il n'y a point encore de liberté , si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative , le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire ; car le juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice , le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur.
Tout serait perdu , si le même homme , ou le même corps dei principaux , ou des nobles , ou du peuple , exerçaient ces trois pouvoirs : celui de faire des lois , celui d'exécuter les résolutions publiques , et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers.
Dans la plupart des royaumes de l'Europe , le gouvernement est modéré , parce que le prince , qui a les deux premiers pouvoirs, laisse k ses sujets l'exercice du troisième. Chez les Turcs, où ces trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan , il règne un affreux despotisme.
Dans les républiques d'Italie , où ces trois pouvoirs sont réunis , la liberté se trouve moins que dans nos monarchies. Aussi le gouvernement a-t-il besoin , pour se maintenir, de moyens aussi violens que le gouvernement des Turcs; témoin les inquisiteurs d'état (i), et le tronc où tout délateur peut, à tous les momens, jeter avec un billet son accusation.
Voyez quelle peut être la situation d'un citoyen dans ces républiques. Le même corps de magistrature a , comme exécuteur des lois , toute la puissance qu'il s'est donnée comme législateur. Il peut ravager l'état par ses volontés générales ; et , comme il a encore la puissance de juger, il peut détruire chaque citoyen par ses volontés particulières.
Toute la puissance y est une; et , quoiqu'il n'y ait point de pompe extérieure qui découvre un prince despotique , on le sent k chaque instant.
Aussi les princes qui ont voulu se rendre despotiques ont-ils toujours commencé par réunir en leur personne toutes les magistratures , et plusieurs rois d'Europe toutes les grandes charges de leur état.
Je crois bien que la pure aristocratie héréditaire des républiques (i) A Vcnisf.