‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 194 sur 854 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Réflexions générales sur l'état de Rome après P expulsion des rois,

Off ne peut jamais quitter les Romains : c'est ainsi qu'encore aujourd'hui , dans leur capitale , on laisse les nouveaux palais pour aller chercher des ruines ; c'est ainsi que l'œil , qui s'est reposé sur l'émail des prairies , aime à voir les rochers et les montagnes.

Les familles patriciennes avaient eu de tout temps de grandes prérogatives. Ces distinctions, grandes sous les rois, devinrent bien plus importantes après leur expulsion. Gela causa la jalousie des plébéiens , qui voulurent les abaisser. Les contestations fra pipaient sur la constitution, sans affaiblir le gouvernement; car , pourvu que les magistratures conservassent leur autorité , il était assez indifférent de quelle famille étaient les magistrats.

Une monarchie élective , comme était Rome , suppose nécessairement un corps aristocratique puissant qui la soutienne , sans quoi elle se change d'abord en tyrannie ou en état populaire : mais un état populaire n'a pas besoin de cette distinction de familles pour se maintenir. C'est ce qui fit que les patriciens , qui étaient des parties nécessaires de la constitution du temps des rois , en devinrent une partie superflue du temps des consuls ;

puissance

croyait qc , t

gouvernement populaire. (Denys (4) Ibid. lir. IV. — (5) Ibid,

i/,4 DE L'ESPRIT DES LOIS.

le peuple put les abaisser sans se détruire lui-même , et changer

la constitution sans la corrompre.

Quand Servius Tullius eut avili les patriciens , Rome dut tomber des mains des rois dans celles du peuple : mais le peuple , eix abaissant les patriciens , ne dut point craindre de retomber daos celles des rois.

Un état peut changer de deux manières ; ou parce que la constitution se corrige , ou parce qu'elle se corrompt. S'il a conservé ses principes, et que la constitution change, c'est qu'elle se corrige : s'il a perdu ses principes, quand la constitution vient à changer , c'est qu'elle se corrompt.

Rome , après l'expulsion des rois , devait être une démocratie. Le peuple avait déjà la puissance législative : c'était son suffrage unanime qui avait chassé les rois ; et , . s'il ne persistait pas dans cette volonté , les Tarquins pouvaient à tous les instans revenir. Prétendre qu'il eût voulu les chasser pour tomber dans l'esclavage de quelques familles , cela n'était pas raisonnable. La situation des choses demandait donc que Rome fût une démocratie; et cependant elle ne l'était pas. Il fajlut tempérer le pouvoir des principaux , et que les lois inclinassent vers la démocratie.

Souvent les états fleurissent plus dans le passage insensible d'une constitution à une autre, qu'ils ne le faisaient dans l'une ou l'autre de ces constitutions. C'est pour lors que tous les ressorts du gouvernement sont tendus ; que tous les citoyens ont des prétentions; qu'on s'attaque , ou qu'on se caresse ; et qu'il y a une noble émulation entre ceux qui défendent la constitution qui décline , et ceux qui mettent en avant celle qui prévaut.

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