LIVRE XII, CHAP. V
vie de cet empereur (i) , que Ton surprit Aaron lisant un livre de Salomon , dont la lecture faisait paraître des légions de démons. Or , en supposant dans la magie une puissance qui arme l'enfer, et en partant de là , on regarde celui que Ton appelle un magicien comme l'homme du monde le plus propre à troubler et à renverser la société , et Ton est porté à le punir sans mesure.
L'indignation croît lorsque l'on met dans la magie le pouvoir de détruire la religion. L'histoire de Gonstantinople (2) nous apprend que , sur une révélation qu'avait eue un évéque , qu'un miracle avait cessé à cause de la magie d'un particulier , lui et son fils furent condamnés à mort. De combien de choses prodigieuses ce crime ne dépendait-il pas ! Qu'il ne soit pas rare qu'il y ait des révélations ; que l'évoque en ait eu une ; qu'elle fut véritable ; qu'il y eût eu un miracle; que ce miracle eût cessé ; qu'il y eût de la magie ; que la magie pût renverser la religion ; que ce particulier fût magicien ; qu'il eût fait enfin cet acte de magie.
L'empereur Théodore Lascaris attribuait sa maladie à la magie. Ceux qui en étaient accusés n'avaient d'autre ressource que de manier un fer chaud sans se •brûler. Il aurait été bon chez les Grecs , d'être magicien pour se justifier de la magie. Tel était l'excès de leur idiotisme , qu'au crime du monde le plus incertain ils Joignaient les preuves les plus incertaines.
Sous le règne de Philippe-le-Long , les Juifs furent chassés de France , accusés d'avoir empoisonné les fontaines par le moyen des lépreux. Cette absurde accusation doit bien faire douter de toutes celles qui sont fondées sur la haine publique.
Je n'ai point dit ici qu'il ne fallait point punir l'hérésie ; je dis qu'il faut être très-circonspect à la punir.