‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 215 sur 854 · I. il · texte numérisé non relu

I. il

fant. C'était ouvrir une porte bien large à la calomnie. « Justi- » nien , dit Procope (i) , publia une loi contre ce crime j il fit » rechercher ceux qui en étaient coupables , non-seulement de-* » puis la loi , mais avant. La déposition d'un témoin , quelque- * fois d'un enfant , quelquefois d'un esclave > suffisait , surtout » contre les riches , et contre ceux qui étaient de la faction des » vêrds. »

Il est singulier que , parmi nous , trois crimes , la magie , l'hérésie , et le crime contre nature , dont on pourrait prouver , du premier , qu'il n'existe pas; du second , qu'il est susceptible d'une infinité de distinctions , interprétations , limitations ; du troisième , qu'il est très-souvent obscur ; aient été tous trois punis de la peine du feu.

Je dirai bien que le crime contre nature ne fera jamais dans une société de grands progrès , si le peuple ne s'y trouve porté d'ailleurs par quelque coutume , comme chez les Grecs , oii les jeunes gens faisaient tous leurs exercices nus ; comme chez nous , où l'éducation domestique est hors d'usage; comme chez les Asiatiques , oii des particuliers ont un grand nombre de femmes qu'ils méprisent , tandis que les autres n'en peuvent avoir. Que l'on ne prépare point ce crime , qu'on le proscrive par une police exacte comme toutes les violations des mœurs ; et l'on verra soudain la nature , ou défendre ses droits , ou les reprendre. Douce , aimable , charmante , elle a répandu les plaisirs d'une main libérale ; et , en nous comblant de délices , elle nous prépare , par des enfans qui nous font , pour ainsi dire , renaître , à des satisfactions plus grandes que ces délices mêmes.

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