LIVRE XIII, CHAP. II
On a pourtant conclu de la pauvreté de ces petits pays , que , pour que le peuple fût industrieux , il fallait des charges pesantes. On aurait mieux fait d'en conclure qu'il n'en faut pas; Ce sont tous les misérables des environs qui se retirent dans ces lieux-là pour ne rien faire : déjà découragés par l'accablement du travail , ils font consister toute leur félicité dans leur paresse.
L'effet des richesses d'un pays , c'est de mettre de l'ambition dans tous les cœurs : l'effet de la pauvreté est d'y faire naître le désespoir. La première s'irrite par le travail ; l'autre se consola par la paresse.
La nature est juste envers les hommes: elle les récompense de leurs peines; elle les rend laborieux , parce qu'à de plus grands travaux elle attache de plus grandes récompenses. Mais , si. un pouvoir arbitraire ôte les récompenses de la nature, on reprend le dégoût pour le travail , et l'inaction paraît être le seul bien.