‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 254 sur 854 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Rapport de la grandeur des tributs avec la liberté.

Règle générale : on peut lever des tributs plus forts , à proportion de la liberté des sujets ; et l'on est forcé de les modérer à mesure que la servitude augmente. Cela a toujours été , et cela sera toujours. C'est une règle tirée de la nature , qui ne varie point } on la trouve par tous les pays , en Angleterre , en Hollande , et dans tous les états ou la liberté va se dégradant , jusqu'en Tnrquie. La Suisse semble y déroger , parce qu'on n'y paie point de tributs; mais on en sait la raison particulière , et même elle confirme ce que je dis. Dans ces montagnes stériles , les vivres sont si chers , et le pays est si peuplé , qu'un Suisse paie quatre fois plus à la nature.qu'un Turc ne paie au sultan.

Un peuple dominateur, tel qu'étaient les Athéniens et les Romains , peut s'affranchir de tout impôt , parce qu'il règne sur des nations sujettes. Il ne paie pas pour lors à proportion de sa liberté , parce qu'à cet égard il n'est pas un peuple , mais an monarque.

Mais la règle générale reste toujours. Il y a dans les états modérés un dédommagement pour la pesanteur des tributs; c'est la liberté. Il y a dans les états (2) despotiques un équivalent pour la liberté ; c'est la modicité des tributs.

Dans de certaines monarchies en Europe , on voit des provinces (3) qui , par la nature de leur gouvernement politique , sont dans un meilleur état que les autres. On s'imagine toujours qu'elles ne paient pas assez , parce que , par un effet de la bonté de leur gouvernement , elles pourraient payer davantage j et il vient toujours dans l'esprit de leur ôter ce gouvernement même qui produit ce bien qui se communique , qui se répand au loin , et dont il vaudrait bien mieux jouir.

(1) Voulant avoir un commerce avec les étrangers sans ne communiquer avec eux , ils ont choisi deux nations : la hollandaise ponr le commerce de l'Europe ; et la chinoise pour celui de l'Asie : il tiennent dans une espèce de prison les fadeurs et les matelots , et les gênent jusqu'à faire perdre patience. — (2) En Russie ,les tributs sont médiocres : on les a augmentés depuis que le despotisme y est plus modéré. F'oyez l'Histoire des Tatars , part. II. — (5) Les pays d'états.

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