‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 275 sur 854 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des lois qui ont rapport à la sobriété des peuples.

Dans les pays chauds , la partie aqueuse du sang se dissipe beaucoup par la transpiration (2); il y faut donc substituer un liquide pareil. L'eau y est d'un usage admirable : les liqueurs fortes y coaguleraient les globules (3) du sang qui restent après la dissipation de la partie aqueuse.

Dans les pays froids , la partie aqueuse du sang s'exhale peu par la transpiration ; elle reste en grande abondance. On y peut donc user de liqueurs spiritueuses sans que le sang se coagule. On y est plein d'humeurs; les liqueurs fortes, qui donnent du mouvement au sang, y peuvent être convenables.

La loi de Mahomet , qui défend de boire du vin , est donc une loi du climat d'Arabie; aussi, avant Mahomet, l'eau était-elle la boisson commune des Arabes. La loi (4) qui défendait aux Carthaginois de boire du vin était aussi une loi du climat; effectivement le climat de ces deux pays est à peu près le même.

(1) M. Hydc, Religiohdes Perses. — (2) M. Bernier , faisant un voyage de Lahor a Cachemire, écrivait : «Mon corps est un crible ;à peine » ai-je avalé une pinte d'eau, que je la voit sortir comme une rosée de » tous mes membres jusqu'au bout des doigts; j'en bois dix pintes par » jour, et cela ne méfait point de mal.» Voyage de Bernier, tome II , page 261. — (3) Il y a dans le sang des globules rouges, des parties fibreuses, des globules blancs , et de l'eau dans laquelle nage tout cela. — (4) Platon , liv. II , des Lois. A riatole , Du soin des affaires domestiques** Ettsèbe , Prép. évang, liv. XU , chap. xvii.

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