‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 282 sur 854 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De V esclavage civil.

JL/esclavage , proprement dit , est l'établissement d'un droit qui rend un homme tellement propre à un autre homme , qu'il est le maître absolu de sa vie et de ses biens. Il n'est pas bon par sa nature : il n'est utile ni au maître ni à l'esclave ; à celui-ci , parce qu'il ne peut rien faire par vertu ; à celui-là , parce qu'il contracte avec ses esclaves toutes sortes de mauvaises habitudes , qu'il s'accoutume insensiblement à manquer à toutes les vertus morales , qu'il devient fier , prompt , dur , colère , voluptueux , cruel.

Dans les pays despotiques , ou l'on est déjà sous l'esclavage politique , l'esclavage civil est plus tolérable qu'ailleurs. Chacun y doit être assez content d'y avoir sa subsistance et la vie. Ainsi , la condition de l'esclave n'y est guère plus à charge que la condition du sujet.

Mais dans le gouvernement monarchique , ou il est souverainement important de ne point abattre ou avilir la nature humaine , il ne faut point d'esclave. Dans la démocratie , ou tout le monde est égal , et dans l'aristocratie , ou les lois doivent faire leurs efforts pour que tout le monde soit aussi égal que la nature du gouvernement peut le permettre , des esclaves sont contre

(1) Lettres édifiant es , recueil IX, page S^. — (2) J'avais pensé que la douceur de l'esclavage, aox Indes, avait fait dire à Diodore qu'il n'y avait dans ce pays ni maître ni esclave : mais Diodore a attribué à toute Tlnde ce qui , selon Strabon , 1. XV , n'était propre qu'à une nalion particulière.

Page 1