‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 364 sur 854 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la tyrannie.

Il y a deux sortes de tyrannie : une réelle , qui consiste dans la violence du gouvernement ; et une d'opinion 9 qui se fait sentir lorsque ceux qui gouvernent établissent des choses qui choquent la manière de penser d'une nation.

Dion dit qu'Auguste voulut se faire appeler Romulus ; mais qu'ayant appris que le peuple craignait qu'il ne voulût se faire roi , il changea de dessein. Les premiers Romains ne voulaient point de roi , parce qu'ils n'en pouvaient souffrir la puissance ; les Romains d'alors ne voulaient point de roi , pour n'en point souffrir les manières : car , quoique César , les triumvirs , Auguste , fussent de véritables rois , ils avaient gardé tout l'extérieur de l'égalité , et leur vie privée contenait une espèce d'opposition avec le faste des rois d'alors ; et quand ils ne voulaient point de roi , cela signifiait qu'ils voulaient garder leurs manières, et ne pas prendre celles des peuples d'Afrique et d'Orient.

Dion (i) nous dit que le peuple romain était indigné contre Auguste , à cause de certaines lois trop dures qu'il avait faites ; mais que , sitôt qu'il eut fait revenir le comédien Pylade , que les factions avaient chassé de la ville , le mécontentement cessa. Un peuple pareil sentait plus vivement la tyrannie lorsqu'on chassait un baladin que lorsqu'on lui ôtait toutes ses lois.

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