LIVRE III, CHAP. IX
troué de nos joui* par 'Mirivéis , vit le gouvernement périr avant la conquête , parce qu'il n'avait pas versé assez de sang (i).
L'histoire nous dit que les horribles cruautés de Domitien effrayèrent les gouverneurs, au point que le peuple se rétablit un peu sous son règne (2). C'est ainsi qu'un torrent, qui ravage tout d'un côté , laisse de l'autre des campagnes où l'œil voit de loin quelques prairies.
s CHAPITRE X.
Différence de f obéissance dans lesgouvememens modérés et doue tes gouvernement despotiques.
D Ans les états despotiques , la Rature du gouvernement demande une obéissance extrême ; et la volonté du prince , une fois connue , doit avoir aussi infailliblement son effet qu'une boule jetée contre une autK doit avoir le sien..
Il n'y a point de tempérament, de modifications, d'accommodemens , de termes , dréquivalens , de pourparlers , de remontrances ; rien d'égal ou de meilleur à proposer. L'homme est, une créature qui obéit à une créature qui veut.
On n'y peut pas fins veprésenter ses craintes sur m événenaeut futur , qu'excuser ses mauvais succès smrle caprice delà fortune. Le partage des hommes, comme des bêtes, y est l'instinct , l'obéissance , le châtiaient.
Il ne sert de rien d'opposer les sentimens naturels., le .respect pour un père , la tendresse pour ses enfans et ses femmes , les lois de l'honneur, l'état de sa santé ; on a. reçu l'ordre , et cela suffit. En Perse, Jorsfue le roi a condamné quelqu'un , on ne peut plus lui en parler , ni demander grâce. .S'il était ivre ou hors de sens , il faudrait que l'arrêt s'exécutât tout de même (3) ; sans cela, il se contredirait, et la loi ne peut se contredire. Cette manière de penser y a été de tout temps : l'ordre que donna Assuérus d'exterminer les Juifs ne pouvant être révoqué , on prit le parti de leur donner la permission de se défendre.
Il va pourtant une chose que P011 neut quelquefois opposer à la volonté du prince (^JTtfcslTâ religion. On abandonnera son père , onTe tuera même , sÏÏê prince l'ordonne : mais on ne boira pas de vin , s'il le veut et s'il l'ordonne. Les lois de la religion sont d'un précepte supérieur , parce qu'elles sont données sur la tête du prince comme sur celle des sujets. Mais quant au droit naturel, il n'en est pas de même ; le prince est supposé n'être plus un homme.
(1) Voyez l'iiifltoûe «le celle révolution , parle P. Dacme»u.~- (2)6011 gouvernement étail militaire , ce qui est une des espèces du gouvernement despotique» — (3) Voyez Chardin. — (4) Ibid*
Dans les états monarchiques et modérés, la puissance est bornée par ce qui en est le ressort ; je veux dire l'honneur , qui reguTJcorame un monarque , sur le prince et sur le peuple. On n'ira point lui alléguer les lois de la religion ; un courtisan se croirait ridicule : on lui alléguera sans cesse celles de l'honneur. /De là résultent des modifications nécessaires dans l'obéissance; / l'honneur est naturellement sujet a des bizarreries , et l'obéi*-* \ sance les suivra toutes.
Quoique la manière d'obéir soit différente dans ces deux gou-
vernemens , le pouvoir est pourtant le même. De quelque coté
>que le mon arqûTTsê tourne , il emporte et précipite la balance ,
/et est* obéi. Toute la différence est que , dans la monarchie , le
/ prince a des lumières t et que les ministres y sont infiniment plus
\ habiles et plus rompus aux affaires que dans l'état despotique.