‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 397 sur 854 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De V esprit de commerce.

L'effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux: nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l'une a intérêt d'acheter , l'autre a intérêt de vendre j et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels.

Mais si l'esprit de commerce unit les nations , il n'unit pas de . même les particuliers. Nous voyons que , dans les pays (2) oii l'on n'est affecté que de l'esprit de commerce , on trafique de toutes les actions humaines et de toutes les vertus -morales : les plus petites choses, celles que l'humanité demande , s9 y font ou s'y donnent pour de l'argent. ,

L'esprit de commerce produit dans les hommes un certain sentiment de justice exacte , opposé d'un côté au brigandage , et de l'autre à ces vertus morales qui font qu'on ne discute pas toujours ses intérêts avec rigidité , et qu'on peut les négliger pour ceux des autres. .

La privation totale du commerce produit au contraire le brigandage , qu'Aristote met au nombre des manières d'acquérir. L'esprit n'en est point opposé à de certaines vertus morales : par exemple , l'hospitalité , très-rare dans les pays de commerce , se trouve admirablement parmi les peuples brigands.

C'est un sacrilège chez les Germains , dit Tacite , de fermer sa maison à quelque homme que ce soit , connu ou inconnu. Celui qui a exercé (3) l'hospitalité envers un étranger va lui montrer une autre maison où on l'exerce encore , et il y est reçu avec la même humanité. Mais , lorsque les Germains eurent fondé des royaumes, l'hospitalité leur devint à charge. Cela paraît par deux lois du code (4) des Bourguignons , dont l'une inflige une peine à

(1) César dit, des Gaulois, que le voisinage et le commerce de Marseille les avaient gâtée de façon qu'eux , qui autrefois a voient toujours vaincu les Germain*, leur étaient devenus inférieurs. (Guerre des (?ai*/ej,liv.VI.)— (2) La Hollande. — (5) Bt qui mode hospes fuerat , monstratvr hospitit". ( De Moribus Germ. ) Voyez aussi César, Guerre des QauJa, iiv. V*.— (4) Til. XXXVIII.

tout Barbare qui irait montrer à un étranger la maison d'un Romain } et l'autre règle que celui qui recevra un étranger sera dédommagé par les habitans , chacun pour sa quote-part.

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