‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 399 sur 854 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du commerce dans les divers goupernemens.

Le commerce a du rapport avec la constitution. Dans le gouvernement d'un seul , il est ordinairement fondé sur le luxe ; et , quoiqu'il le soit aussi sur les besoins réels , son objet principal est de procurer a la nation qui le fait tout ce qui peut servir à son orgueil , à ses délices et à ses fantaisies. Dans le gouvernement de plusieurs , il est plus souvent fondé sur ,1'économie. Les négocians , ayant l'œil sur toutes les nations de la terre , portent à l'une ce qu'ils tirent de l'autre. C'est ainsi que les républiques de Tyr , de Carthage , d'Athènes , de Marseille , de Florence , de Venise et de Hollande , ont fait le commerce.

Cette espèce de trafic regarde le gouvernement de plusieurs par aa nature , et le monarchique par occasion ; car , comme il n'est fondé que sur la pratique de gagner peu , et même de gagner moins qu'aucune autre nation , et de ne se dédommager qu'en gagnant continuellement , il n'est guère possible qu'il puisse être fait par un peuple chez qui le luxe est établi , qui dépense beaucoup y et qui ne voit que de grands objets.

Cest dans ces idées que Cicéron (i) disait si bien : « Je n'aime *> point qu'un même peuple soit en même temps le dominateur » et le facteur de l'univers. » En effet , il faudrait supposer que chaque particulier dans cet état , et tout l'état même , eussent toujours la tête pleine de grands projets, et cette même tête remplie de petits ; ce qui est contradictoire.

Ce n'est pas que , dans ces états qui subsistent par le commerce d'économie , on ne fasse aussi les plus grandes entreprises , et que

( 1) Nolo êunuUmpopulum impcratorem et portstorem esse terrarum* ( 0% JLepubl. lib, IV.)

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