LIVRE IV, CHAP. II
Charles IX ayant écrit a tous les gouverneurs de faire massacrer les huguenots, le vicomte d'Orte, qui commandait dans Bayonne, écrivit au roi (1) : « Sire, je n'ai trouvé, parmi les habitans et » les gens de guerre , que de bons citoyens , de braves soldats , » et pas un bourreau ; ainsi eux et moi supplions votre majesté » d'employer nos bras et nos vies a choses faisables. » Ce grand et généreux courage regardait "une lâcheté comme une chose impossible.
Il n'y a rien que l'honneur prescrive plus à la noblesse que de servir le prince à la guerre : en effet , c'est la profession distinguée, parce que ses hasards, ses succès, et les malheurs même , conduisent à la grandeur. Mais , en imposant cette loi , l'honneur veut en être l'arbitre ; et . s'il se trouve choqué , il exige ou permet qu'on se retire chez soi.
Il veut qu'on puisse indifféremment aspirer aux emplois , ou les refuser ; il tient cette liberté au-dessus de la fortune même.
L'honneur a donc ses règles suprêmes, et l'éducation est oHi* gée de s'y conformer (2). Les principales sont qu'il nous est bien permis de faire cas de notre fortuné, mais qu'il nous est souverainement défendu d'en faite aucun de notre vie.
La seconde est que , lorsque nous avons été une fois placés dans un rang , nous ne devons rien faire ni souffrir qui fasse voir que nous nous tenons inférieurs à ce rang même.
La troisième , que les choses que l'honneur défend sont plus rigoureusement défendues, lorsque les fois ne concourent point à les proscrire 3 et que celles qu'il exige sont pins fortement exigées , lorsque les lois ne les demandent pas.