CHAPITRE XV1L
Du commerce après la destruction des Romains en Occident
L'empire romain fut envahi ; et l'un des effets de la calamité générale fut la destruction du commerce. Les barbares ne le regardèrent d'abord que comme un objet de leurs brigandages; et, quand ils furent établis , ils ne l'honorèrent pas plus que l'agriculture et les autres professions du peuple vaincu.
Bientôt il n'y eut presque plus de commerce en Europe j la noblesse , qui régnait partout , ne s'en mettait point en peine.
La loi (2) des Wisigoths permettait aux particuliers d'occuper la moitié du lit des grands fleuves , pourvu que l'autre restât libre pour les filets et pour les bateaux ; il fallait qu'il y eut bien peu de commerce dans les pays qu'ils avaient conquis.
Dans ces temps-là , s'établirent les droits insensés d'aubaine et de naufrage: les hommes pensèrent que, les étrangers ne leur étant unis par aucune communication du droit civil , ils ne leur devaient , d'un coté , aucune sorte de justice , et , de l'autre , aucune sorte de pitié.
Dans les bornes étroites oii se trouvaient les peuples du nord % tout leur était étranger: dans leur pauvreté , tout était pour eux un objet de richesses. Etablis avant leurs conquêtes sur les cotes d'une mer resserrée et pleine d'écueils , ils avaient tiré parti de ces écueils mêmes.
Mais les Romains , qui faisaient des lois pour tout l'univers , en avaient fait de très-humaines sur les naufrages (3) : ils réprimèrent, à cet égard , les brigandages de ceux qui habitaient les côtes; et , ce qui était plus encore , la rapacité de leur fisc (4).
(1) Snet. in Claudio. Leg. VII, cod.Theodo». de naviculariis. — (a) Liv. VIII , tit. IV, J. 9.— (5) Toto titulo , ff. ds incend. ruin. naufrag. et cod. de naufragiis; et Leg. III , & de Leg. Coruel. de sicariis, — (4; Leg. I, cod. de naufragiis*
3i6 DE L'ESPRIT DES LOIS.