‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 472 sur 854 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Du change.

C'est l'abondance et la rareté relatives des monnaies des divers pays qui forment ce qu'on appelle le change. •

Le change est une fixation de la valeur actuelle et momentanée des monnaies.

L'argent , comme métal , a une valeur comme toutes les autres marchandises j et il a encore une valeur qui vient de ce qu'il est capable de devenir le signe des autres marchandises $ et s'il

33a DE L'ESPRIT DES LOIS.

n'était qu'âne simple marchandise , il ne faut pas douter qu'il ne

perdît beaucoup de son prix.

L'argent , comme monnaie , a une yaleur que le prince pent fixer dans quelques rapports , et qu'il ne saurait fixer dans d'antres.

i •. Le prince établit une proportion entre une quantité d'argent comme métal , et la même quantité comme monnaie ; 2°. il fixe celle qui est entre divers métaux employés à la monnaie ; 3*. il établit le poids et le titre de chaque pièce de monnaie; enfin il donne à chaque pièce cette yaleur idéale dont j'ai parlé. J'apeLlerai la yaleur de la monnaie , dans ces quatre rapports , valeur positivé , parce qu'elle peut être fixée par une loi.

Les monnaies de chaque état ont de plus une valeur relative r dans le sens qu'on les compare ayec les monnaies des autres pays: c'est cette yaleur relative que le change établit. Elle dépend beaucoup de la valeur positive. Elle est ëxée par l'estime la plus générale des négocians , et ne peut l'être par l'ordonnance du prince , parce qu'elle varie sans cesse , et dépend de mille circonstances.

Pour fixer la valeur relative , les diverses nations se régleront beaucoup sur celle qui a le plus d'argent. Si elle a autant d'argent que toutes les autres ensemble , il faudra bien que chacune aille se mesurer avec elle ; ce qui fera qu'elles se régleront: à peu près entre elles comme elles se sont mesurées avec la nation principale.

Dans l'état actuel de l'univers , c'est la Hollande (i) qui est cette nation dont nous parlons. Examinons le change par rapport à elle.

Il y a en Hollande une monnaie qu'on appelle un florin : le florin vaut vingt sous , ou quarante demi-sous, ou gros. Pour simplifier les idées , imaginons qu'il n'y ait point de florins en Hollande, qu'il n'y ait que des gros : un homme qui aura mille florins , aura quarante mille gros ; ainsi du reste. Or, le change avec la Hollande consiste à savoir combien vaudra de gros chaque pièce de monnaie des autres pays j et comme l'on compte ordinairement en France par écu de trois livres , le change deman— dera combien un écu de trois livres vaudra de gros. Si le change est à cinquante-quatre , l'ccu de trois livres vaudra cinquantequatre gros ; s'il est à soixante , il vaudra soixante gros : si l'argent est rare en France , l'écu de trois livres vaudra plus de gros ; s'il est en abondance , il vaudra moins de gros.

Cette rareté ou cette abondance , d'où résulte la mutation du change, n'est pas la rareté ou l'abondance réelle; c'est une

(t) Le» Hollandais règlent le change de presque tonte l'Europe par nue espèoe de délibération entre eux , selon qu'il convient à leurs intérêt*»

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