‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 515 sur 854 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

De V exposition des enfans.

Les premiers Romains eurent une assez bonne police sur l'exposition des enfans. Romulus , dit Denys dUalicarnasse (i) , imposa à tous les citoyens la nécessité d'élever tous les enfans mâles et les, ainées des filles. Si les enfans étaient difformes et monstrueux , il permettait de les exposer , après les avoir montrés à cinq des plus proches yoisins.

Romulus ne permit (2) de tuer aucun enfant qui eut moins de trois ans: par -là il conciliait la loi qui donnait aux pères le droit de vie et de mort sur leurs enfans , et celle qui défendait de les exposer.

On trouve encore dans Denys d'Halicarnasse (3) , que la loi qui ordonnait anx citoyens de se marier et d'élever tous leurs enfans était en vigueur l'an 277 de Rome : on voit que l'usage avait restreint la loi de Romulus qui permettait d'exposer les filles cadettes.

Nous n'avons de connaissance de ce que la loi des douze tables, donnée l'an de Rome 3oi , statua sur l'exposition des enfans, que par un passage de Cicéron (4) , qui , parlant du tribunat du peuple, dit que , d'abord après sa naissance, tel que l'enfant monstrueux de la loi des douze tables , il fut étouffé : les enfans qui n'étaient pas monstrueux étaient donc conservés , et la loi des douze tables ne changea rien aux institutions précédentes.

« Les Germains , dit Tacite (5) , n'exposent point leurs enfans; » et chez eux les bonnes mœurs ont plus de force que n'ont » ailleurs les bonnes lois. » Il y avait donc chez les Romains des lois contre cet usage , et on ne les suivait plus. On ne trouve au-1 eune loi (6)- romaine qui permette d'exposer les enfans : ce fut sans doute un abus introduit dans les derniers temps , lorsque le luxe ôta l'aisance , lorsque les richesses partagées furent appelées pauvreté , lorsque le père crut avoir perdu ce qu'il donna à sa famille , et qu'il distingua cette famille de sa propriété.

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