LIVRE XXV, CHAP. IV
Le culte des dieux demandant une attention continuelle , la plupart des peuples furent portés à faire du clergé un corps séparé. Ainsi, chez les Égyptiens, les Juifs et les Perses (i), on consacra à la Divinité de certaines familles , qui se perpétuaient et faisaient le service.
Il y eut même des religions ou l'on ne pensa pas seulement à éloigner les ecclésiastiques des affaires , mais encore à leur ôter l'embarras d'une famille; et c'est la pratique de la principale branche de la loi chrétienne.
Je ne parlerai point ici des conséquences de la loi du célibat ; on sent qu'elle pourrait devenir nuisible à proportion que le corps du clergé serait trop étendu , et que, par conséquent, celui des laïques ne le serait pas assez.
Par la nature de l'entendement humain , nous aimons , en fait de religion , tout ce qui suppose un effort ; comme , en matière de morale , nous aimons spéculativement tout ce qui porte le caractère de la sévérité. Le célibat a été plus agréable aux peuples à qui il semblait convenir le moins , et pour lesquels il pouvait avoir de plus fâcheuses suites. Dans les pays du midi de l'Europe , oii , par la nature du climat , la loi du célibat est plus difficile à observer, elle a été retenue; dans ceux du nord, ou les passions sont moins vives , elle a été proscrite. Il y a plus : dans les pays oii il y a peu d'habitans , elle a été admise 5 dans ceux oii il y en a beaucoup , on l'a^ rejetée. On sent que toutes ces réflexions ne portent que sur la trop grande extension du célibat , et non sur le célibat même.