LIVRE XXV, CHAP. XIII. 4o
> suivent les inspirations que leur ont données ceux que la loi
> naturelle et les lois de tous les peuples leur apprennent à respecter comme des dieux.
m Vous vous privés de l'avantage que yous a donné sur les Mahométans la manière dont leur religion/est établie. Quand ils se vantent du nombre de leurs fidèles , vous leur dites que la forée les leur a acquis , et qu'ils ont étendu leur religion par le fer : pourquoi donc établissez-vous la votre par le feu ? » Quand vous voulez nous faire venir à vous , nous vous objectons une source dont vous vous faites gloire de descendre. Vous nous répondez que votre religion est nouvelle , mais qu'elle est divine; et vous le prqnvez parce qu'elle s'est accrue par la persécution des païens et par le sang de vos martyrs : mais aujourd'hui vous prenez le rôle des Dioclétiens , et vous nous faites prendre le vôtre.
» Nous vous conjurons , non pas par le Dieu puissant que nous
> servons vous et nous , mais par le Christ que vous nous dites avoir pris la condition humaine pour vous proposer des exemples que vous puissiez suivre; nous vous conjurons d'agir avec vous comme il agirait lui-même • s'il était encore sur la terre. Vous voulez que nous soyons Chrétiens , et vous ne voulez pas l'être.
» Mais si vous ne voulez pas être Chrétiens , soyez au moins des hommes t traitez-nous comme vous feriez, si , n'ayant que ces faibles lueurs de justice que la mature nous donne , vous n'aviez point une religion pour vous conduire et une révélation pour vous éclairer.
» Si le ciel vous a assez aimés pour vous faire voir la vérité , il vous «ufait une grande grâce : mais est-ce aux enfans qui ont l'héritage de leur père de haïr ceux qui ne l'ont pas eu ? • Que si vous avez cette vérité , ne nous la cachez pas par la manière doni'vous nous la proposez. Le caractère de la vérité 9 c'est son triomphe sur les cœurs et les esprits , et non pas cette impuissance que vous avouez , lorsque vous voulez la faire recevoir par des supplices.
» Si vous êtes raisonnables , vous ne devez pas nous faire mourir, parce que nous ne voulons pas vous tromper. Si votre Christ est le fils de Dieu , nous espérons qu'il nous récompensera de n'avoir pas voulu profaner ses mystères; et nous croyons que le Dieu que nous servons vous et nous , ne nous punira pas de ce que nous avons souffert la mort pour une re-iligion qu'il nous a autrefois donnée , parce que nous croyons qu'il nous l'a encore donnée.
» Vous vivez dans un siècle où la lumière naturelle est plus vive
» qu'elle n'a jamais été , oh la philosophie a éclairé les esprits , » oh la morale de votre Évangile a été plus connue , oh les droits » respectifs des hommes les uns sur les autres , l'empire qu'une » conscience a sur une autre conscience, sont mieux établis. Si » donc vous ne revenez pas de vos anciens préjugés , qui , si vous » n'y prenez garde , sont vos passions , il faut avouer que vous » êtes incorrigibles , incapables de toute lumière et de toute ius- » traction ; et une nation est bien malheureuse qui donne de » l'autorité à des hommes tels que vous.
» Voulez-vous que nous vous disions naïvement notre pensée ? » Vous nous regardez plutôt comme vos ennemis que comme les » ennemis de votre religion; car , si vous aimiez votre religion, » Tous ne la laisseriez pas corrompre par une ignorance grossière.
» Il faut que nous vous avertissions d'une chose ; c'est que , si
* quelqu'un , dans la postérité , ose jamais dire que dans le
* siècle où nous vivons les peuples d'Europe étaient policés , on » vous citera pour prouver qu'ils étaient barbares; et l'idée que » l'on aura de vous sera telle , qu'elle flétrira votre siècle , et » portera la haine sur tous vos contemporains. »