‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 571 sur 854 · LIVRE XXV, CHÀP. XV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV, CHÀP. XV

changement dans le gouvernement qu'ils craignent l'établissement d'une autre religion. Chez les Japonais , où il y a plusieurs sectes , et oii l'état a eu si long-temps un chef ecclésiastique , on ne dispute jamais sur la religion (i). Il en est de même chez les Siamois (2). Les Calmouts (3) font plus ; ils se font une affaire de conscience de souffrir toutes sortes de religions. A Calicut , c'est une maxime d'état , que toute religion est bonne (4).

Mais il n'en résulte pas qu'une religion apportée d'un pays très-éloigné , et totalement différent de climat , de lois , de mœurs et de manières , ait tout le succès que sa sainteté devrait lui promettre. Cela est surtout vrai dans les grands empires despotiques? on tolère d'abord les étrangers , parce qu'on ne fait point d'attention à ce, qui ne parait pas blesser la puissance du prince ; on y est dans une ignorance extrême de tout. Un Européen peut se rendre agréable par de certaines connaissances qu'il procure : cela est bon pour les commencemens. Mais sitôt que l*on a quelque succès , que quelque dispute s'élève ,. que les gens qui peuvent avoir . quelque intérêt sont avertis ; comme cet état par sa nature demande surtout la tranquillité , et que le moindre trouble peut le renverser , on proscrit d'abord la religion nouvelle et ceux qui l'annoncent ; les disputes entre ceux qui prêchent Tenant à éclater , on commence à se dégoûter d'une religion dont ceux qui la proposent ne conviennent pas.

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