‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 582 sur 854 · CHAPITRE XIL Des lois pénales · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL Des lois pénales

Il faut éviter les lois pénales en fait de religion. Elles impriment de la crainte , il est vrai : mais comme la religion a ses lois pénales aussi qui inspirent de la crainte , l'une est effacée par l'autre. Entre ces deux craintes différentes , les âmes deviennent atroces.

La religion a de si grandes menaces , elle a de si grandes promesses , que , lorsqu'elles sont présentes à notre esprit , quelque chose que le magistrat puisse faire pour nous contraindre à la quitter, il semble qu'on ne nous laisse rien quand on nous l'ôte, et qu'on ne nous ôte rien lorsqu'on nous la laisse.

Ce n'est donc pas en remplissant l'âme de ce grand objet , en l'approchant du moment où il lui doit être d'une plus grande importance , que l'on parvient à l'en détacher : il est plus sûr d'attaquer une religion par la faveur , par les commodités de la vie , par l'espérance de la fortune : non pas par ce qui avertit , mais par ce qui fait que l'on oublie; non pas par ce qui indigne, mais par ce qui jette dans la tiédeur , lorsque d'autres passions agissent sur nos âmes , et que celles que la religion inspire sont i. 26

{i% DE L'ESPRIT DES LOIS.

qu'elles n'exigent point des hommes ; parce que la violation de la pudeur suppose , dans les femmes , un renoncement à toutes les vertus ; parce que la femme , en violant les lois du mariage , sort de l'état de sa dépendance naturelle; parce que la nature a marqué l'infidélité des femmes par des signes certains : outre que les enfans adultérins de la femme sont nécessairement au mari et à la charge du mari ; au lieu que les enfans adultérins du mari ne sont pas à la femme , ni à la charge de la femme.

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