‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 60 sur 854 · LIVRE V, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAP. VII

ctre choisis pour la vie , comme cela se pratiquait à Rome (1) , à Lacédémone (2), et à Athènes même: car il ne faut pas confondre ce qu'on appelait le sénat à Athènes, qui était un corps qui changeait tous les trois mois , avec l'aréopage , dont les membres étaient établis pour la yîe , comme des modèles perpétuels.

Maxime générale : dans un sénat fait pour être la règle, et, pour ainsi dire , le dépôt des mœurs , les sénateurs doivent être élus pour la vie : dans un sénat fait pour préparer les affaires , les sénateurs peuvent changer.

L'esprit , dit Aristote , vieillit comme le corps. Cette réflexion n'est bonne qu'à l'égard d'un magistrat unique , et ne peut être appliquée à une assemblée de sénateurs.

Outre l'aréopage , il y avait à Athènes des gardiens des mœurs, et des gardiens des lois (3). A Lacédémone , tous les vieillards étaient censeurs. A Rome , deux magistrats particuliers avaient la censuré. Comme le sénat veille sur le peuple , il faut que des censeurs aient les yeux sur le peuple et sur le sénat. Il faut qu'ils rétablissent dans la république tout ce qui a été corrompu , qu'ils notent la tiédeur , jugent les négligences , et corrigent les fautes , comme les lois punissent les crimes.

La loi romaine qui voulait que l'accusation de l'adultère f ut publique était admirable pour maintenir la pureté des mœurs; elle intimidait les femmes, elle intimidait aussi ceux qui devaient veiller sur elles.

Rien ne maintient plus les mœurs qu'une extrême subordination des jeunes gens envers les vieillards. Les uns et les autres seront contenus; ceux-là par le respect qu'ils auront pour les vieillards, et ceux-ci.. par le respect qu'ils auront pour eux* mêmes.

Rien ne donne plus de force aux lois que la subordination extrême des citoyens aux magistrats. « La grande différence que » Lycurgue a mise entre Lacédémone et les autres cités , dit » Xénophon (4) , consiste en ce qu'il a surtout fait que les ci- » toyens obéissent aux lois ; ils courent lorsque le magistrat les » appelle. Mais, à Athènes, un homme riche serait au désespoir » que l'on crût qu'il dépendît du magistrat. »

L'autorité paternelle est encore très-utile pour maintenir les mœurs. Nous avons déjà dit que dans une république il n'y a

(1) Les magistrats y étaient annuels, et les sénateurs pour la vie. — (a) Lycurgue, dit'Xénophon , de Jlêpub. Lacedcem. , voulut a qu'on » élût les sénateurs parmi les vieillards , pour qu'ils ne se négligeassent » pas même a la fin de la vie ; et en les établissant juges du courage des » jeunes gens , il a rendu la vieillesse de ceux-là plus honorable que la » force de ceux-ci. » — (5) L'aréopage lui-même était soumis i la censure, — (4) République de Lacédémone,

4a DE L'ESPRIT DES LOIS.

pas une force si réprimante que dans les autres gouvernemens. Il faut donc que les lois cherchent à y suppléer; elles le font par l'autorité paternelle.

A Rome , les pères avaient droit de vie et de mort sur leurs enfans (i). A Lacédémone, chaque père avait droit de corriger l'enfant 4'un autre»

La puissance paternelle se perdit à Rome avec la république. Dans les monarchies , où l'on n'a que faire de mœurs si pures , on veut que chacun vive sous la puissance des magistrats.

Les lois de Rome , qui avaient accoutumé les jeunes gens à la dépendance , établirent une longue minorité. Peut-être avonsnous eu tort de prendre cet usage : dans une monarchie , on n'a pas- besoin de tant de contrainte.

Cette même subordination dans la république y pourrait demander que le père restât , pendant sa vie , le maître des biens de ses enfans , comme il fut réglé à Rome. Mais cela n'est pas de l'esprit de la monarchie.

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