‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 61 sur 854 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Comment les lois doivent se rapporter au principe du gouvernement dans l'aristocratie.

Si y dans l'aristocratie , le peuple est vertueux , on y Jouira k peu près du bonheur du gouvernement populaire , et l'état deviendra puissant. Mais, comme il est rare que là oii les fortunes des hommes sont inégales il y ait beaucoup de vertu , il faut que les lois tendent à donner , autant qu'elles peuvent , un esprit de modération , et cherchent à établir cette égalité que la constitution de l'état ôte nécessairement.

L'esprit de modération est ce qu'on appelle la vertu dans l'aristocratie ; il y tient la place de l'esprit d'égalité dans l'état populaire.

Si le faste et la splendeur qui environnent les rois font une partie de leur puissance , la modestie et la simplicité des manières font la force des nobles aristocratiques (2). Quand ils n'affectent aucune distinction , quand ils se confondent avec le peuple , quand

(1) On peut Toir dans l'Histoire romaine avec quel avantage pour la république on ae servit de cette puissance. Je ne parlerai que du temps de la plus grande corruption. Aulus Fulvius s'était mis en chemin pour aller tronver Catiliua; son père le rappela, et le fit mourir. (Sallusie,<fe belloCatil.) Plusieursautrescitoyensfirentdeméme. (Dion, li v. XXXVII.). — (2) De nos jours , les Vénitiens , qui, à bien des égards, se sont conduits très-sagement, décidèrent, sur une dispute entre un noble vénitien et un gentilhomme de terre- ferme, pour une préséance dans une église r que, hors de Venise, un noble vénitien n'avait point de prééminence sur un autre citoyen.

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