‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 601 sur 854 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Quil ne faut pas décider par les lois civiles les choses gui doivent l'être par les lois domestiques.

La loi des Wisigoths voulait que les esclaves (3) fussent obligés de lier l'homme et la femme qu'ils surprenaient en adultère , et de les présenter au mari et au juge: loi terrible, qui mettait entre les mains de ces personnes viles le soin de la vengeance publique , domestique et particulière !

Cette loi ne serait bonne que dans les sérails d'Orient , ou l'esclave qui est chargé de la clôture a prévariqué sitôt qu'on prévarique. Il arrête les criminels , moins pour les faire juger que pour se faire juger lui-même , et obtenir que l'on cherche dans les circonstances de l'action si l'on peut perdre le soupçon de sa négligence.

Mais dans les pays ou les femmes ne sont point gardées , il est insensé que la loi civile les soumette , elles qui gouvernent la maison , à l'inquisition de leurs esclaves.

Cette inquisition pourrait être tout au plus , dans de certains cas , une loi particulière domestique , et jamais une loi civile.

Quil ne faut pas décider par les principes des lois civiles les choses, qui appartiennent au droit des gens.

La liberté consiste principalement à ne pouvoir être forcé à faire une chose que la loi n'ordonne pas ; et on n'est dans cet état , que parce qu'on est gouverné par des lois civiles : nous sommes donc libres , parce que nous vivons sous des lois civiles.

Il suit de là que les princes , qui ne vivent point entre eux

(î)Platarqae, Vie de Caton. Cela se passa de notre temps, dit Su abon , Hv. XL — (%) Leg. XI , paragr. ult, ff. ad leg. Jul. de a4ult< (5) Loi des Wisigoths , liv. UI , tit. IV, J. 6.

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