LIVRE XXVIII, CHAP. XVIII
Ceci fera encore bien sentir la liaison entre l'usage des preuves négatives et celui du combat judiciaire dont j'ai tant parlé. Les tribunaux laïques les admirent l'un et l'autre , et les tribunaux clercs les rejetèrent tous deux.
Dans le choix de la preuve par le combat , la nation suivait son génie guerrier; car, pendant qu'on établissait le combat comme un jugement de Dieu , on abolissait les preuves par la croix , l'eau froide et l'eau bouillante , qu'on avait regardées aussi comme des jugémens de Dieu.
Charlemagne ordonna que , s'il survenait quelque différend entre ses enfans , il fût terminé par le jugement de la croix. Louis-le-Débonnaire (i) borna ce jugement aux affaires ecclésiastiques : son fils Lothaire l'abolit dans tous les cas ; il abolit (a) de même la preuve par l'eau froide.
Je ne dis pas que , dans un temps ou il y avait si peu d'usages universellement reçus , ces preuves n'aient été reproduites dans quelques églises , d'autant plus qu'une chartre de Philippe- Auguste en fait mention (3) $ mais je dis qu'elles furent de peu d'usage. Beaumanoir (4) , qui vivait du temps de saint Louis et un peu après , faisant l'énumération des différens genres de preuves , parle de celle du combat judiciaire , et point du tout de celles-là.