‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 647 sur 854 · LIVRE XXVIII, CHAP. XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVIII, CHAP. XXII

Cette loi ne pouvait être fondée que sur l'opinion commune : c'est la peur , qu'on a dit avoir inventé tant de choses , qui fit imaginer ces sortes de prestiges. Gomme , dans les combats par* ticuliers , les champions étaient armés de toutes pièces , et qu'avec des armes pesantes , offensives et défensives , celles d'une certaine trempe et d'une certaine force donnaient des avantages infinis , l'opinion des armes enchantées de quelques combattant dut tourner la tête è bien des gens.

De là naquit le système merveilleux de la chevalerie. Tous les esprits s'ouvrirent à ces idées. On vit dans les romans des pala- , dins , des nécromans, des fées , des chevaux ailés ou intelligens, des hommes invisibles ou invulnérables , des magiciens qui s'intéressaient à la naissance ou à l'éducation des grands personnages , des palais enchantés et désenchantés ; dans notre monde , un monde nouveau ; et le cours ordinaire de la nature laissé seulement pour les hommes vulgaires.

Des paladins toujours armés , dans une partie du monde pleine de châteaux , de forteresses et de brigands , trouvaient de l'honneur a punir l'injustice et à défendre la faiblesse. De là encore , dans nos romans , la galanterie fondée sur l'idée de l'amour jointe à celle de force et de protection.

Ainsi naquit la galanterie * lorsqu'on imagina des hommes extraordinaires qui , voyant la vertu jointe à la beauté et à la faiblesse , furent portés à s'exposer pour elle dans les dangers , et à lui plaire dans les actions ordinaires de la vie.

Nos romans de chevalerie flattèrent ce désir de plaire , et donnèrent à une partie de l'Europe cet esprit de galanterie que l'on peut dire avoir été peu connu par les anciens.

Le luxe prodigieux de cette immense ville de Rome flatta l'idée des plaisirs des sens. Une certaine idée $le tranquillité dans les campagnes de la Grèce fit décrire les sentimens de l'amour (1). L'idée de paladins protecteurs de la vertu et de la beauté des femmes conduisit à celle de galanterie.

Cet esprit se perpétua par l'usage des tournois , qui , unissant ensemble les droits de la valeur et de l'amour , donnèrent encore à la galanterie une grande importance.

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