‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 698 sur 854 · LIVRE XXIX, CHAP. XIII. 5oi · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX, CHAP. XIII. 5oi

ensuite chez les Romains , une grande différence entre le yol manifeste et le yol non manifeste (1).

Chez les Romains , l'esclave qui avait yole était précipité de la roche tarpéienne. Là il n'était point question des institutions lacédémoniennes ; les lois de Lycurgue sur le yol n'avaient point été faites pour les esclaves : c'était les suivre que de s'en écarter en ce point.

À Rome , lorsqu'un impubère avait été surpris dans le vol , le préteur le faisait battre de verges à sa volonté , comme on faisait à Lacédémone. Tout ceci venait de plus loin. Les Lacédémoniens avaient tiré ces usages des Cretois; et Platon (2) , qui veut prouver que les institutions des Cretois étaient faites pour la guerre, cite celle-ci : « la faculté de supporter la douleur dans les combats » particuliers , et dans les larcins qui obligent de se cacher. »

Comme les lois civiles dépendent des lois politiques , parce que c'est toujours pour une société qu'elles sont faites , il serait bon que , quand on veut porter une loi civile d'une nation chez une autre , on examinât auparavant si elles ont toutes les deux les mêmes institutions et le même droit politique.

Ainsi , lorsque les lois sur le vol passèrent des Cretois aux Lacédémoniens , comme elles y passèrent avec le gouvernement et la constitution même , ces lois furent aussi sensées chez un de ces peuples qu'elles l'étaient chez l'autre. Mais , lorsque de Lacédémone elles furent portées à Rome , comme elles n'y trouvèrent pas la même constitution , elles y furent toujours étrangères , et n'eurent aucune liaison avec les autres lois civiles des Romains.

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