‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 699 sur 854 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Quil ne faut point séparer les lois des circonstances dans lesquelles elles ont été faites.

Cire loi d'Athènes voulait que , lorsque la ville était assiégée , On fit mourir tous les gens inutiles (3). C'était une abominable loi politique, qui était une suite d'un abominable droit des gens. Chez les Grecs , les habitans d'une ville prise perdaient la liberté civile , et étaient vendus comme esclaves. La prise d'une ville emportait son entière destruction j et c'est l'origine non-seulement de ces défenses opiniâtres et de ces actions dénaturées , mais encore de ces lois atroces que l'on fit quelquefois.

Les lois romaines (4) voulaient que les médecins pussent être

(1) Conférence que dit PIntarque, Fie de Lycurgue ^ arec les lois du Digeste , au titre de Furtis ; et tes Iriôtî lûtes, liv. IV , tit. I , $. 1 , 2 et 5. — (2) Des Lois y \ [v. I. — (3) Tnutilis œtas occidatur. (Syrian. in Hermog. )— (4) La Loi Cor ne lia, de Sicariis ; Instit. liv. IV ,tit. III , de Lege jéquiliâ, $. 7.

5o* DE L'ESPRIT DES LOIS.

punis pour leur négligence ou pour leur impérit ie. Dans ces cas, elles condamnaient à la déportation le médecin d'une condition un peu relevée , et à la mort celui qui était d'une condition pIo> basse. Par nos lois il en est autrement. Les lois de Rome n'avaient pas été faites dans les mêmes circonstances que les nôtres : à Rome , s'ingérait de la médecine qui voulait 5 mais , parmi nous, les médecins sont obligés de faire des études , et de prendre certains grades ; ils sont donc censés connaître leur art.

Qu'il est bon quelquefois qu'une loi se corrige elle-même.

La Loi des douze tables permettait de tuer le voleur de nuit (1], aussi-bien que le voleur de jour qui , étant poursuivi , se mettait en défense : mais elle voulait que celui qui tuait le voleur criât et appelât les citoyens (2); et c'est une ebose que les lois qui permettent de se faire justice soi-même doivent toujours exiger. C'est le cri de l'innocence qui, dans le moment de l'action , appelle des témoins , appelle des juges. Il faut que le peuple prenne connaissance de l'action , et qu'il en prenne connaissance dans le moment qu'elle a été faite, dans un temps où tout parle, l'air, le visage , les passions , le silence , et où chaque parole condamne ou justifie. Une loi qui peut devenir si contraire à la sûreté et à la liberté des citoyens , doit être exécutée en la présence des citoyens.

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