LIVRE XXX, CHAR IX. 5i
La loi des Bourguignons veut que chaque Bourguignon soit reçu
en qualité d'hôte chez un Romain. Cela est conforme aux mœurs
des Germains, qui , au rapport de Tacite (i), étaient le peuple
de la terre qui aimait le plus à exercer l'hospitalité.
La loi veut que le Bourguignon ait les deux tiers des terres , et le tiers des serfs. Elle suivait le génie des deux peuples , et se conformait à la manière dont ils se procuraient la subsistance. Le Bourguignon , qui faisait paître des troupeaux -, avait besoin de beaucoup de terres et de peu de serfs ; et le grand travail de la culture de la terre exigeait que le Romain eût moins de glèbe et un plus grand nombre de serfs. Les bois étaient partagés par moitié , parce que les besoins à cet égard étaient les mêmes.
On voit dans le code des Bourguignons (2), que chaque barbare fut placé chez chaque Romain. Le partage ne fut donc pas général : mais le nombre des Romains qui donnèrent le partage futjégal à celui des Bourguignons qui le reçurent. Le Romain fut lésé le moins qu'il fut possible : le Bourguignon , guerrier , chasseur et pasteur , ne dédaignait pas de prendre les friches ; le Romain gardait les terres les plus propres à la culture : les troupeaux du Bourguignon engraissaient le champ du Romain.