‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 748 sur 854 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Changement dame les office* et le* fief*.

U' abord les comtes n'étaient envoyés dans leurs districts que pour un an ; bientôt ils achetèrent la continuation de leurs offices. On en trouve un exemple des le règne des petils-enfanis de Clovîs. Un certain Péonius (i) était comte dans la ville d'Auxerre; il envoya son fils Mummolus porter de l'argent à Gontrand pour être continué dans son emploi : le fils donna de l'argent pour lui-même , et obtint la place du père. Les rois avaient déjà commencé à corrompre leurs propres grâces.

Quoique , par la loi du royaume , les fiefs fussent amovibles , ils ne se donnaient pourtant ni ne s'étaient d'une manière capricieuse et arbitraire ; et c'était ordinairement une des principales choses qui se traitaient dans les assemblées de la nation. On peut bien penser que la corruption se glissa dans ce point comme elle s'était glissée dans l'antre , et que l'on continua la possession des fiefs pour de l'argent, comme on continuait la possession, des comtés.

Je ferai voir, dans la suite de ce Livre (2) , qu'indépendamment des* dons que les princes firent pour un temps , il y en eut d'autres qu'ils firent pour toujours. D arriva que la cour voulut révoquer les dons qui avaient été faits : cela mit un mécontentement général dans la nation , et l'on vit bientôt naître cette révolution fameuse dans l'histoire de France, dont la première époque fut le spectacle étonnant du supplice de Brunehault.

D parait d'abord extraordinaire que cette reine , fille , sœur , mère de tant de rois , fameuse encore aujourd'hui par des ouvrages dignes d'un édile ou d'un proconsul romain , née avec un génie admirable pour les affaires , douée de qualités qui avaient été si long-temps respectées , se soit vue (3; tout-à-coup exposée à des supplices si longs , si honteux , si cruels par un roi (4) dont l'au-

(1) Grfgoirede Tours, Ut. IV, chap. xui — (2) Chap. VII. — Ç)CkroniqueHeF~e<U&ùre, chap. XIJL— (4) CloUire II, fils de Chilpénc , et père de Dagobert.

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